LES ÉCOLOGIES DU NUMÉRIQUE #2. 2018

LES ÉCOLOGIES DU NUMÉRIQUE #2. 2018
Vers un design post-numérique?
COLLOQUE INTERNATIONAL

ESAD ORLÉANS – 13-14 DÉCEMBRE 2018


CONTEXTE
Depuis la création d’ÉCOLAB en 2016 (Unité Recherche soutenue par le Ministère de la Culture), l’ÉSAD Orléans développe des recherches sur le design comme interface entre l’écologie et le numérique. Son positionnement en faveur d’un design écologique au sens large, allant du signe à l’espace, des écosystèmes naturels aux écosystèmes humains et artificiels, s’affirme ainsi à travers un dispositif multidimensionnel composé de projets de recherche, d’un post-diplôme, d’une résidence internationale, de colloques, d’expositions et de publications multiples.

Par une démarche de recherche-création, critique et expérimentale, il s’agit plus précisément d’interroger les écosystèmes complexes constitutifs du monde actuel, particulièrement en relation avec le numérique devenu le milieu associé de nos existences. Les dimensions matérielles, psychiques, sociales et politiques de ces écosystèmes sont alors traitées selon les spécificités des deux options de formation proposées par l’ÉSAD Orléans : Design Objet Espace autour des cultures matérielles post-numériques (conceptions, pratiques et savoirs de la matérialité) et Design Visuel Graphique autour du design éditorial et des nouvelles formes de narration (pré et post print, web to print, interfaces mobiles, écoconception graphique, etc.). Leur synergie s’opère grâce à des projets transversaux stimulant le dialogue et la complémentarité des démarches et des méthodes.

PRÉSENTATION
Suite à la première édition du colloque « Les écologies du numérique » (9-10 Novembre 2017), laquelle a permis de définir les enjeux d’une approche générale et plurielle à la problématique écologique dans le domaine du design, ce second volet intitulé « Les écologies du numérique #2 Vers un design post-numérique ? » propose de s’interroger sur la possibilité et la pertinence d’un design « post-numérique » à travers deux thématiques : « matérialités post-numériques et savoirs vernaculaires » et « design éditorial et nouvelles formes de narration ».

L’IDÉE D’UN DESIGN « POST-NUMÉRIQUE »
Venue du champ de l’art, l’idée de « post-numérique » est récente et demeure aujourd’hui polémique tant elle peut recouvrir des acceptions différentes et parfois contradictoires (y compris dans la controverse autour de « numérique vs digital » et de « analogique vs numérique/digital »). Premièrement, on peut évidemment entendre cette dénomination au sens chronologique et considérer qu’il s’agit d’un design postérieur à la constitution des techniques de conception, de production et de diffusion issues de la cybernétique, de l’informatique et de la télématique (les années 1980 et plus généralement les années 1990 avec le développement de l’informatique personnelle et de l’internet). Deuxièmement, on peut exprimer par là une position historique plus marquée et affirmer que le « post-numérique » désigne un autre design que le design analogique nécessitant la reconnaissance d’une césure historique qui dépasse la simple adoption de nouveaux outils dont les effets sont alors non seulement techniques et esthétiques, mais surtout ontologiques au point que le design change de nature. Troisièmement, on peut considérer que le design « post-numérique » est un design qui cherche à questionner le numérique en tant qu’ensemble ayant transformé la société dont l’omniprésence risque de dissimuler les enjeux éthiques, sociaux, politiques, écologiques. Cette façon critique de l’envisager implique par exemple de reconsidérer la relation aux écrans, au « high tech », au « HiFi », mais aussi et surtout de rétablir, réinvestir et renouveler la relation au monde physique, à la matérialité, à la vie, au corps, à l’humain.

Ce questionnement peut alors se faire plus critique encore et devenir radicalement politique en appelant design « post-numérique » un design qui refuse de passer par le numérique, donc de mobiliser des techniques, des machines, des ressources matérielles et des sources d’énergie, mais aussi des modes de représentation, des modes de socialisation et d’organisation collective, considérées comme étant propres au « numérique » et produisant une dégradation des milieux de vie et des humains qui leur donnent sens par la pollution et le contrôle.

Sans prendre immédiatement parti pour telle ou telle signification de l’expression « post-numérique » et de lui associer une idéologie, un courant intellectuel ou une esthétique, ce colloque cherche à éclairer cette idée pour le design et mieux cerner en quoi il est nécessaire de prendre position par la création, notamment sur le sens écologique de cette dénomination.


LES AXES

1) MATÉRIALITÉS POST-NUMÉRIQUES ET SAVOIRS VERNACULAIRES
Pour ouvrir cette réflexion et approfondir les bases posées lors du premier colloque, deux thématiques sont proposées dans ce cadre. La première intitulée « Matérialités post-numériques et savoirs vernaculaires » s’attache à centrer le questionnement d’un design post-numérique sur la matérialité et sur le savoir, dans leurs recouvrement réciproque à travers le savoir-faire.

Depuis leur arrivée il y a une quarantaine d’années, les techniques numériques ont en effet bouleversé notre rapport à la matière sur bien des aspects :
– accès à un niveau nanométrique d’action pour réaliser des objets, des machines et des œuvres
– production de nouveaux matériaux grâce à la précision, la vitesse et le rendement énergétique du numérique
– conception d’objets dont les propriétés structurelles et les capacités transformatrices et communicationnelles sont impossibles sans le numérique
– apparition d’un artisanat et d’un amatorat numériques par la convivialité des logiciels et des machines (impression 3D, découpe laser, fritage de poudre, etc.) mises à disposition dans des « tiers lieux »
– hybridation de l’analogique et du numérique entre matériaux naturels et dispositifs numériques révélant de nouvelles possibilités constructives et esthétiques
– nouvelles possibilités d’action et de composition par assistance numérique de techniques ancestrales (vannerie, tissage, broderie, etc.)
Autant de domaines dans lesquels le design participe d’une revalorisation de la matérialité contre l’idée trop répandue que le numérique est une « dématérialisation » généralisée. Le numérique renvoie ainsi à la matière, dans tous les sens du mot « renvoi ».

Mais les techniques numériques ont aussi bouleversé notre rapport au savoir en général, et en particulier au savoir concernant la matière. Si ces techniques viennent évidemment de la science la plus pointue et de la technologie la plus avancée, leurs conséquences ne se limitent pas à la puissance de calcul, au volume de stockage, à la vitesse de traitement, à l’interconnexion, et à leur effet sur l’attention, l’apprentissage, la signification et le partage des connaissances. Elle produit aussi une « culture » qui n’est pas une culture tout à fait scientifique et technique ni complètement « numérique ». Les machines informatiques, les logiciels, les applications, permettent un accès « intuitif » et une manipulation « conviviale » qui ne suppose pas une formation théorique solide mais plutôt une autoformation à la fois empirique, ludique et collective ou partagée. Cette facilité d’accès et d’utilisation, outre les questions éthiques et politiques qu’elle pose, permet en même temps de retrouver une certaine connivence avec les savoirs « vernaculaires », c’est-à-dire des savoirs à la fois informels, populaires, locaux, oraux, non transmis par un enseignement institutionnalisé fondé sur la connaissance théorique. Cette connivence peut devenir une réelle convergence si les savoirs vernaculaires en question deviennent des opérateurs critiques du « tout numérique » pour réinscrire le numérique et ses techniques dans une réalité humaine vécue, locale, traditionnelle… Le design pourrait ainsi opérer une médiation critique entre le numérique et les savoirs vernaculaires qui puisse avoir cet effet d’un recours à des savoir-faire réinventés plutôt qu’un retour à la tradition analogique par rejet nostalgique. Les enjeux écologiques d’un tel recours aux savoirs vernaculaires par le numérique paraissent incontournables aujourd’hui.

Durant cette première journée, il s’agit donc de savoir en quoi un design « post-numérique » peut contribuer à éclairer l’importance des savoirs vernaculaires et en expérimenter des réponses durables à travers les tensions entre intuition et calcul, ouverture et contrôle, réhumanisation et artificialisation, qu’elle implique.


2) ÉDITION POST-NUMÉRIQUE ET NOUVELLES FORMES DE NARRATION
La deuxième thématique de ce colloque concerne l’« édition post-numérique et les nouvelles formes de narration ». Il s’agit plus précisément d’interroger l’écosystème de l’édition actuelle prise dans le développement récent de nouvelles formes de conception, de production et d’échange des objets éditoriaux. Elles sont apparues avec la remise en cause de la centralité de l’écran, de la fin supposée du livre papier, et de l’arrivée de l’Internet mobile et des applications pour smartphones.

Comme de nombreuses études et projets ont pu le montrer, ces nouvelles formes impliquent une réévaluation du rapport entre numérique et analogique, entre on line et off line, entre papier et écran, entre éditeur et auteur, entre auteur et lecteur, entre éditeur et lecteur. Cela est particulièrement prégnant si l’on regarde de près toutes les formes composites, hybrides, qui se manifestent dans les objets éditoriaux connectés, complétés ou « augmentés » dans leur contenu par un site web avec des contenus audio et vidéo, les sites web à imprimer, etc. En clair, un design non seulement graphique mais éditorial « post-numérique » est en jeu et il est à étudier à travers ces objets éditoriaux hybrides tels que le pré-post-print, le web-to-print, etc.

L’autre aspect corrélatif de ces nouveaux objets ou dispositifs éditoriaux est la transformation des modes de narration. La manière dont on écrit le contenu à éditer s’est modifiée pour intégrer les possibilités nouvelles du numérique et du web mais aussi pour repenser comment se construit et se lit un récit. Lorsque les supports sont multiples, mobiles, hybrides, interactifs, immersifs, les effets sur l’attention, sur l’espace et le temps impliqués par la lecture sont considérables et les modes d’écriture ne peuvent apparemment plus s’attacher aux modes analogiques seulement transposés. La navigation sémantique et aléatoire, les hyperliens textuels et iconiques, les intrigues à fins multiples, l’écriture distribuée, etc., sont autant d’exemples d’une transformation radicale de la narration, dans la structure, dans l’imaginaire et dans la signification (c’est-à-dire les critères classiques de linéarité séquentielle, d’auctorité identifiable, d’idiomaticité stable, d’unicité du support).

Pourtant, ces « nouvelles formes » doivent être elles-mêmes requestionnées en tant que « récit » du numérique, car nombre d’entre elles ont connu des formes analogues voire similaires dans le monde « pré-numérique » et la tendance à « idéaliser » l’usager participant peut produire aussi une illusion fort discutable. D’une certaine manière, il s’agit de se demander dans cette deuxième journée ce que le design « post-numérique » fait à la narration et ce qu’il contribue à construire comme narration de l’écosystème éditorial de notre temps.

PROGRAMME

Jeudi 13 Décembre

MATÉRIALITÉS POST-NUMÉRIQUES ET SAVOIRS VERNACULAIRES

Matin
9h30 Accueil – Café

9h45 Mot de bienvenue par Jacqueline FEBVRE (Directrice de l’ESAD Orléans)

10h Introduction par Ludovic DUHEM (responsable de la recherche ESAD Orléans)

10h15 Camille BOSQUÉ (Designer, enseignante-chercheuse en Esthétique et Design, Université Paris1)
« N’importe qui pourra alors fabriquer n’importe quoi. »
Quelles matérialités pour les objets conçus dans les ateliers de fabrication numérique ?

10h45 James STEVENS (Designer, Makelab, Associated Professor, Lawrence Technological University)
Digital vernacular

11h30 Pause

11h45 Laureline GALLIOT (Designer)
Digital crafts

12h15 Table ronde 1

13h Déjeuner

Après-midi
14h30 Édith HALLAUER (Docteure en urbanisme, ENSCI)
Savoirs vernaculaires et déprise d’œuvre

15h Marion VOILLOT (Designer, CRI)
Des instruments tangibles pédagogiques et numériques – le corps en mouvement, medium d’interaction avec la technologie

15h30 Pause

15h45 Émilien GHOMI (Designer, chercheur CNAM)
Pédagogie, culture, société. Au delà des grands discours : Le numérique peut-il vraiment être humain ? Peut-on réellement apprendre des tiers-lieux ?

16h15 Nathalie GUIMBRETIÈRE (Artiste et chercheure, ENSAD)
« Le rivage des ombres » : le tangible dans les projets d’installation et de performance artistique. Implications politiques du geste en temps réel et de l’atelier en partage.

16h45 Table ronde 2

17h30 Fin de la journée

Vendredi 14 Décembre

ÉDITION POST-NUMÉRIQUE ET NOUVELLES FORMES DE NARRATION

Matin – Édition post-numérique
9h30 Accueil café

10h Introduction à la journée par Ludovic DUHEM (responsable de la recherche ESAD Orléans)

10h15 Victor GUÉGAN (Historien de l’art et de la typographie, ESAD Amiens)
Post-typographiques. Trois manières d’être typographe après la disparition de la typographie

10h45 Quentin JUHEL (designer graphique, étudiant-chercheur ENSADLab/PSL)
Outils conventionnels et non conventionnels de création graphique

11h15 Pause

11h30 Kevin DONNOT (Designer graphique, E+K)
Du Web au Print, retour d’expériences

12h15 Éric SCHRIJVER (Designer d’interaction et auteur)
L’impact du contrôle algorithmique du droit d’auteur sur l’édition post-numérique

12h45 Table ronde 3

13h15 Déjeuner

Après-midi – Nouvelles formes de narration
14h30 Thibaud HULIN (Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Bourgogne, CIMEOS) et Marielle BOURDOT (Artiste et enseignante en communication visuelle, Université de Bourgogne, CIMEOS)
Écriture, design et innovation sociale

15h Yann AUCOMPTE (Enseignant, Designer graphique, Université Paris 8)
Design graphique « survivaliste-post-numérique » : recherche-action en design écosophique pour la communication d’un séminaire

15h30 Pause

15h45 Bérénice SERRA (Artiste, éditrice et étudiante-chercheure, ENSBA Lyon NRV)
Nouvelles narrations : les artistes et les dynamiques d’éditorialisation

16h15 Julien FALGAS (Docteur en sciences de l’information et de la communication, Université de Lorraine)
De l’innovation narrative à la navigation web contributive

16h45 Table ronde 4

17h15 Éric SHRIJVER (Designer d’interaction et auteur)
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18h Clôture du colloque