HISTOIRE ET THÉORIE DES ARTS

CYCLE DE CONFÉRENCES
HISTOIRE ET THÉORIE DES ARTS

ANNÉE 2019-2020
Coordination : Evelyne Paradis

MERCREDI 13 NOVEMBRE
L’écologie est-elle soluble dans l’art contemporain – et réciproquement ?
Morgan Labar, docteur en Histoire de l’art

L’écologie est-elle soluble dans l’art contemporain – et réciproquement ? Pour certains une réponse par l’affirmative va de soi. D’autres craindront un art « récupéré », instrumentalisé, asservi à des considérations « non artistiques ». Inversement, certains s’inquiéteront d’un dévoiement de la cause écologiste, et mettront le doigt sur la bonne conscience environnementaliste que s’achètent les pollueurs en finançant des projets d’artistes.
Cette conférence sera l’occasion d’explorer les zones de frictions entre histoire de l’art contemporain et écologie politique, et d’évoquer pistes et perspectives pour la création de demain. Pratiques artistiques dites  « éco-responsables », recyclage, actions spectaculaire artistico-militantes, ou encore actions restauratrices sur la nature : le spectre est large. On présentera notamment les nouvelles formes d’art participatif qui ont émergé depuis la fin des années 1980 ; pratique artistique et action environnementale y sont conjointes pour viser à l’émancipation sociale.

MERCREDI 20 NOVEMBRE
Pierre Guariche (1926/1995) : Du décorateur créateur d’ensemble au designer
Delphine Jacob, architecte DPLG

L’industrialisation de la construction des programmes de logements collectifs en 1947 entraîne pour les architectes l’adoption d’une méthode qui passe par la création de cellules types. Le décorateur-créateur d’ensembles Pierre Guariche s’inscrit dans ce contexte. Cette contribution va nous permettre de comprendre comment le mobilier standardisé de Pierre Guariche vise la production industrielle par le choix de la mise en œuvre de matériaux spécifiques. Nous nous baserons sur l’analyse de ses luminaires dont l’esthétique radicale allie la beauté, la fonctionnalité et la perfection technique et optique. Nous répondrons à ce sujet en nous intéressant aussi à son travail sur les meubles aux influences scandinaves conçus avec des dérivés du bois. Puis nous nous interrogerons sur l’impact, dans l’œuvre de Pierre Guariche, de l’arrivée des nouveaux matériaux venus d’outre-Atlantique, essentiellement les thermoplastiques et les fibres synthétiques déjà expérimentés par les designers américains. Nous aborderons à travers des comparaisons le design scandinave (Aalto), US (Eames…), italien (Sarfatti)…

MERCREDI 27 NOVEMBRE
Une histoire différente de la contribution des femmes aux arts : le cas de l’Egypte moderne
Nadine Atallah, historienne de l’art

Depuis plusieurs décennies, en particulier aux États-Unis et en Europe, d’importants travaux sont menés pour étudier la place des femmes dans l’art, montrer leurs œuvres et les intégrer dans les collections des musées, notamment à la suite des réflexions pionnières de l’historienne de l’art féministe américaine Linda Nochlin. Celle-ci posait en 1971 une question importante : « Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grandes artistes femmes ? », afin de mettre en lumière les facteurs sociaux et institutionnels qui limitent sinon empêchent la réussite et la visibilité des femmes dans le domaine artistique. Or, suggérant que les arguments de Nochlin n’ont rien d’universel, la peintresse égyptienne Nazli Madkour lui répondit en 1993 : « C’est un fait que nous, en Égypte, avons eu une histoire différente de la contribution des femmes aux arts, qui n’a pas encore été racontée. Bien que notre histoire nous ait accablées par des comportements similaires – sinon plus rigides – des circonstances particulières ont permis la reconnaissance de la contribution de la femme moderne à ce champ » . En effet, contrairement à la majorité des pays du monde, en Egypte les femmes ont pris part à la création artistique dès le début du XXe siècle, et y sont reconnues comme des actrices importantes des mouvements de l’art moderne. En prenant pour point de départ l’opposition de Madkour à Nochlin, cette conférence présente des éléments de compréhension de la place des femmes dans l’art moderne égyptien, et offre des points de comparaison avec l’histoire occidentale. Il s’agit notamment de présenter la chronologie de la modernité en Egypte, qui diffère de la chronologie euro-américaine, et d’identifier le profil de ces femmes artistes tout en situant leur travail et son évolution en relation avec l’histoire politique et culturelle de l’Egypte. Le propos s’appuie sur l’observation et l’analyse d’œuvres choisies, rarement montrées en France.

MERCREDI 4 DÉCEMBRE
Interventions contemporaines dans les musées historiques
Clara Mosquera, architecte et enseignante-chercheuse, Département d’Histoire, Théorie et Composition Architectoniques, Université de Séville

Le Centre Pompidou et le Guggenheim Bilbao, séparés par vingt ans (1977 et 1997), ont marqué des points d’inflexion dans l’architecture des musées à l’échelle globale.  À la suite de la crise financière de 2008, il est devenu clair que les méga-musées, les musées nés dans cet environnement post-Bilbao et les satellites des grandes institutions n’incarnent plus forcément des modèles à succès. En revanche, une certaine humilité et un retour à l’essentiel sont aujourd’hui devenus prédominants dans les projets nés dans cette nouvelle aube créative muséale. Un renouveau qui redonne à la création architecturale une place prépondérante. D’ici à nos jours, l’architecture des musées a commencé à incorporer dans les interventions muséales d’autres valeurs, comme des références au contexte (urbain, historique, social), des références à la collection et un rapport croissant avec la ville. 

Les rapports tendus entre architecture contemporaine et patrimoine ont connu une effervescence due au contexte des expansions muséales en tant qu’architectures historiques et emblématiques. Il s’agira dans cette conférence de mettre en évidence les différentes solutions et stratégies d’intervention architecturale dans les musées historiques et d’interroger leur rôle dans la mise en œuvre d’une politique de rénovation patrimoniale de l’échelle institutionnelle à l’échelle urbaine. À travers d’une série de cas d’étude, nous interrogerons l’enjeu de la contemporanéité au service des institutions muséales.

MERCREDI 18 DÉCEMBRE
L’architecture du mystère : la structure de l’invisible et du vide du symboliste Degouve de Nuncques aux surréalistes Giorgio de Chirico, Max Ernst et René Magritte
Marine Nedelec, Historienne d’art

Cette conférence partira du pastel Nocturne au Parc royal de Bruxelles, réalisé en 1897 par William Degouve de Nuncques. Elle montrera comment cet artiste symboliste a structuré son œuvre autour d’un vide, d’un invisible qu’il rend palpables à travers le genre du nocturne. Puis, elle observera comment cette structure de l’absence se retrouve quelques décennies plus tard dans les œuvres surréalistes de Giorgio de Chirico, Max Ernst et René Magritte. À travers l’analyse iconographique et la notion de vide, cette conférence sera l’occasion d’aborder deux mouvements de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle : le symbolisme et le surréalisme.

MERCREDI 8 JANVIER
L’histoire de l’art à l’épreuve de la transdisciplinarité
Juliette Milbach, PhD en histoire de l’art

Cette conférence donnera les grandes lignes des problématiques soulevées par l’histoire de l’art au prisme de la transdisciplinarité. Quelles porosités pour l’histoire, la sociologie et l’histoire de l’art ? Quelles ont été les positions des grands historiens de l’art du XXe siècle (Wölfflin, Focillon, Warburg, Panofsky, Gombrich etc.)? Cela permettra aussi de comprendre les enjeux contemporains posés à la discipline (Genre, Art contemporain, Enseignement de l’art, Académie et académisme…) et donnera à voir l’histoire des idées à travers un vecteur et des penseurs moins connus que d’autres.

MERCREDI 12 FÉVRIER
Sociologie(s) de l’art : histoire, objets, méthodes
Umut Ungan, docteur en histoire et théories des arts 

Nous avons souvent tendance à oublier que, longtemps, l’art et les œuvres ont exclusivement relevé du domaine esthétique et de l’histoire de l’art. Cette conférence propose un court panorama historique et synthétique de la manière dont les sciences sociales se sont progressivement emparées de l’objet artistique au 20ème siècle : une période qui marque l’ouverture du champ artistique à des considérations externes (économique, sociale, politique etc.) et qui va jusqu’à l’autonomisation de certaines problématiques qui constituent aujourd’hui la base théorique d’une discipline à part entière, à savoir la sociologie de l’art.

MERCREDI 26 FÉVRIER 
Tout contre
Camille Paulhan, critique d’art

Certaines « attitudes » d’artistes semblent s’opposer à certaines attentes que nous avons parfois à propos des œuvres : qu’elles soient lisibles, visibles, qu’elles soient énergiques, qu’elles nous saisissent par leur force visuelle, par leurs matériaux nobles, par leurs prouesses techniques, qu’elles s’inscrivent dans une histoire de l’art durable. Il sera dans cette conférence question d’artistes qui ont voulu que leurs œuvres soient précaires, modestes, non-reproductibles, introverties, capables de s’épuiser jusqu’à un presque rien. Une histoire qui rassemble des boules et des sucres taillés par Christian Boltanski, les concrétions textiles d’Hessie, des chewing-gums mâchés par Alina Szapocznikow, des tableaux en coton de Piero Manzoni ou les encoconnages de laine de Judith Scott.

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Les conférences ont lieu de 14h à 15h30 à l’auditorium du Musée des Beaux-Arts d’Orléans sauf mention contraire.
Elles sont destinées prioritairement aux étudiants de l’ÉSAD Orléans.
Dans la limite des places disponibles, elles sont ouvertes au grand public avec le pass musées (15€/an) disponible au Musée des Beaux-Arts.