Entretien avec Chloé JEANNE

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Entretien avec Chloé JEANNE
DNSEP en art avec félicitation du jury
(EESAB site de Quimper)

par Ludovic Duhem, Responsable scientifique ÉCOLAB

1) À quoi es-tu sensible dans le monde et particulièrement dans le monde actuel?

J’ai été sensibilisée à la nature dès mon plus jeune âge, par l’environnement dans lequel j’ai grandi: une maison à la campagne et des parents soucieux de ce qui nous entoure. Observer les plantes, les insectes, être capable de reconnaître les oiseaux par leurs chants, distinguer les champignons et les arbres par leurs aspects… tout cela a bercé mon enfance, et donc aiguisé ma perception du paysage et notre impact sur celui ci.
Je pense qu’actuellement une certaine méconnaissance de la nature nous y a mis à distance, nous ne sommes plus dans la nature mais face à elle, il faut donc inverser le processus.

2) Quelle est ta pratique?

Quand je suis entrée en 2013 à L’EESAB de Quimper ma pratique s’est organisée autour de la question de l’organique, puis naturellement celle du paysage, de ses temporalités et de son échelle. J’ai donc proposé pour mon DNSEP, un ensemble d’oeuvres colonisées par les organismes vivants, des représentations de processus, un laboratoire d’expérimentation, une balade olfactive activée par le passage du spectateur avec pour objet d’étude le paysage. Un ensemble d’oeuvres, en symbiose tel un écosystème incluant le spectateur.

3) Quel est ton parcours? comment as-tu découvert l’ESAD Orléans?

La question de l’après DNSEP est toujours impressionnante, je voulais approfondir mon travail, en m’entourant de personnes qualifiées. J’ai recherché un post-diplôme où je pourrais pleinement poursuivre et affiner mon projet. J’ai trouvé ECOLAB via le site de l’ESAD, proposant comme sujet d’étude l’écologie, le numérique et le design.
La question de l’écologie étant déjà présente dans mon travail le lien était fait. Je voulais intégrer une structure me permettant de mettre en place mon projet, de maîtriser mes matériaux et les questionner, une démarche il me semble similaire à celle du designer.

4) Comment présenterais-tu ton projet de recherche en post-diplôme? pourquoi un tel intérêt pour le champignon?

selon toi, en quoi la création, en art et/ou en design, peut-elle contribuer à sensibiliser le public aux enjeux écologiques voire modifier leurs comportements?

Mon but est de « mettre en forme » la vie, et de l’intégrer aux éléments du quotidien, l’art comme le design peuvent être un moyen de démocratiser la présence des organismes vivants au sein de notre vie et d’effacer toutes les réticences envers le monde fongique, les moisissures, les bactéries…
J’ai donc comme projet de travailler autour des biomatériaux, plus particulièrement de pouvoir développer un vocabulaire, une gamme plastique, à partir du monde vivant, fongique et bactérien. Une démarche qui, il me semble, me permettra de donner aux spectateurs les moyens de mieux appréhender le vocabulaire du vivant à travers son exploration.

5) Comment envisages-tu le rapport entre art et design dans ta pratique de recherche? Particulièrement au sujet du champignon?

J’estime que l’étude des champignons se divisent en deux parties.
Premièrement il y a le mycélium, partie souterraine du champignon intéressante comme mycomatériau qui est déjà utilisé par des designers comme Eric Klarenbeek. Il est efficace grâce à ses différentes propriétés: excellent liant, hydrofuge, résistant au feu, léger…
Deuxièmement il y a la partie émergente du champignon, qui selon les espèces, crée des structures spectaculaires avec une gamme de couleur et de texture très variée. Un aspect qui peut être intéressant de développer pour la question de la forme.
J’ai pu remarquer en côtoyant les élèves de L’ESAD que certains, surtout en DOE avaient une méthodologie similaire à la mienne. L’étude d’un sujet passe par le dessin, le choix d’un matériau, l’expérimentation qui amène la question de la forme. Bien sûr, il n’y a pas d’ordre pré-établi. Il est question de maîtriser son sujet d’étude, en ce qui me concerne le champignon, en en tirant tous les aspects exploitables dans une démarche artistique.

6) Quelles sont les rencontres de recherche que tu as pu faire depuis ton arrivée?

Le fait de faire partie d’Ecolab et d’avoir le statut d’étudiante chercheuse, m’a permis de rentrer en contact avec des structures tel que le CNRS et de rencontrer des scientifiques capables de m’aider dans ma recherche. L’équipe Ecolab me permet aussi de questionner et de cibler les enjeux de ma recherche par des compte-rendus ponctuels.
Je suis en relation depuis décembre avec Laurence Laboutière, mycologue qui a déjà travaillé sur le mycélium comme biomatériau. En parallèle depuis le mois de février, je suis en « stage » au CNRS d’Orléans au Centre Biophysique Moléculaire, je côtoie des scientifiques afin de m’inspirer et d’observer des processus scientifiques et par la suite de pouvoir les sortir du laboratoire, sous forme plastique.

7) Quel conseil donnerais-tu aux étudiants voulant développer un projet de recherche après un DNSEP?

Mes attentes concernant l’année de Post-diplôme semblent en bonne voie, la structure de l’école permet une transition douce entre le DNSEP et l’activité de jeune artiste. De plus il offre un accompagnement qui s’adapte au projet personnel que l’étudiant chercheur mène comme il lui semble. Personnellement cette année va me permettre de développer ma gamme plastique et de questionner le matériau, d’en maîtriser les qualités plastiques et fonctionnelles afin de les appliquer et de les ancrer dans ma pratique.

Mon site : https://chloejeanne.net

Références artistiques:

Michel Blazy (https://www.galerieartconcept.com/artiste/michel-blazy/)
Hicham Berrada (http://hichamberrada.com)
Julian Charrière (http://julian-charriere.net)
Nicolas Momein (https://www.nicolasmomein.com)
Motoi Yamamoto (http://www.motoi.biz/english/e_top/e_top.html)
Gilles Clément (http://www.gillesclement.com)
Peter Hutchinson (https://www.gadcollection.com/fr/30-peter-hutchinson)

Références designs:

Officina Corpuscoli (http://www.corpuscoli.com)
Eric klarenbeek (http://www.ericklarenbeek.com)
Ecovative Design (https://ecovativedesign.com/ourfoundry
Jonas Edvard (http://jonasedvard.dk)

Références théoriques:

Gilles Clément (Paysagiste Français)
Bruno Latour (Philosophe Français)
James Lovelock (scientifique et environnementaliste indépendant britannique)
Paul Stamet (Mycologue Américain)

Curriculum Vitae

N° SIRET : 847 576 212 00017
N° d’ordre MDA: (En cours)

Formations et diplômes:

2018-2019: Post-diplôme recherche au sein de l’unité ECOLAB de L’ESAD d’Orléans.
2018: DNSEP en art avec les félicitations du jury (EESAB site de Quimper).
2015-2016: Erasmus à l’FBAUP (Faculdade de Belas Artes da Universidade do Porto) de Septembre à Février.
2015: DNAP (Diplôme National d’arts plastiques) en art avec mention (EESAB site de Quimper).
2013: Baccalauréat filière littéraire option arts plastiques.

Stage/Workshop et expériences professionnelles:

2017: Assistante de production artistique pour Julie Christine Fortier, préparation de touches pour l’exposition à la crypte d’Orsay, et aide à l’élaboration du parfum «Les intouchables».
2015: Stage de 3 semaines au CIAV (Centre International d’Art Verrier), aide à la production de boules de Noël et réalisation d’un travail personnel en verre.
2014: Organisatrice d’un atelier/workshop au Lycée Lebrun à Coutances en relation avec l’association « Les sentiers de la mémoire ».

Expositions:

2018: Exposition des diplômés DNSEP « Demain c’est loin » à L’EESAB / Quimper
2016: Exposition collective à la troisième édition de « Tous à la Manu ! » organisée par l’association Les Moyens du Bord, dans le cadre de la Fête de la Bretagne / Morlaix.
2015: « L’art dans tous les sens » 4ème édition en collaboration avec Valentin Duteils / Quimper.