Entretien avec Beany MONTEIRO

Entretien avec Beany MONTEIRO
Chercheure en Design de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro

par Ludovic Duhem, Responsable scientifique ÉCOLAB

1) Comment pourriez-vous vous présenter en quelques mots?

Je m’appelle Beany Monteiro et je suis professeure à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ) où je coordonne depuis 2006 un Laboratoire qui s’appelle LABDIS (Laboratoire de Design et Innovation Sociale) lié au cours de Design Industriel de l’École de Beaux Arts de l’UFRJ. Je suis à Orléans pour la période du 30 avril jusqu’au 04 septembre 2018, à l’Unité de Recherche ECOLAB de l’École Supérieure d’Art et de Design d’Orléans. Je suis présente dans le cadre d’un post doctorat effectué avec l’appui du Studium.


2) Comment avez-vous connu l’ESAD Orléans?

Le Studium m’a mis en contact avec vous en 2016, à partir de mon interêt d’envoyer un projet de recherche pour l’appel à résidence 2017 proposé par l’ESAD et Le Studium.


3) Qu’est-ce qui a motivé votre candidature à la recherche ÉCOLAB/Le Studium?

La structure proposée pour developper la recherche et les réseaux des laboratoires en France et dans la région Centre-val de Loire, bien que l’efficacité des communications et des échanges avec les chercheurs qui étaient, comme moi, très loin de la région.


4) Quel est votre sujet de recherche en quelques mots?

Mon sujet de recherche, c’est la production des connaissances sociales et écologiques en design à partir des projets locaux. Ces connaissances génèrent une nouvelle qualité de recherche qui concerne la formation des connaissances autonomes en design. Ces connaissances autonomes peuvent avoir des implications importantes pour le design comme, par exemple, la création de réseaux qui mettent en interaction les acteurs du projet, surtout avec l’objectif de favoriser le qualité de ces relations et promouvoir le changement du focus du produit vers les impacts dans les contextes où ces produits sont insérés.

5) Les questions écologiques et numériques sont-elles importantes au Brésil?

Oui, elles sont importantes parce qu’on doit promouvoir la relation entre nous et ce qu’on produit. On est un énorme pays (environ 220 millions d’habitants) riche en ressources naturelles qui sont exploitées par une politique néoliberale qui ne prend pas en compte les questions sociales et culturelles du Brésil. Et aussi parce qu’on doit avancer par rapport au développement technique mais de façon active pour développer des solutions du côté pédagogique, lesquelles sont importantes pour le design.

6) Comment ces questions sont-elles articulées aux questions sociales et culturelles au Brésil?

Au niveau de la formation en design, on a l’extension universitaire (1), qui est obligatoire selon la Constitution brésilienne, et qui permet de rapprocher les solutions que les étudiants développent dans leurs projets au sein de la réalité locale. Dans ce sens, l’extension universitaire se configure comme un dispositif qui permet l’articulation entre les questions numériques et écologiques et les questions sociales et culturelles au niveau de la formation en design au Brésil (2).

7) Le Design est-il un domaine de recherche actif au Brésil et ces questions sont-elles importantes pour les
designers et les chercheurs dans ce pays?

Le design est un domaine très actif de recherche au Brésil. Il est représenté par les 67 programmes de recherche dans le domaine de l’architecture, de l’urbanisme et du design, pour un total de 4341 programmes entre tous les domaines de recherche du pays (3). Ces questions sont importantes pour les designers et les chercheurs au Brésil dans la mesure où le pays doit approfondir ses politiques sociales dans tout les sens – éducation, santé, assainissement, habitation, information, culture – et promouvoir de façon simultanée les programmes de coopération et d’internationalisation de ses recherches, qui donnent des conditions favorables au développement durable du pays.

8) À votre connaissance, la situation est-elle la même dans toute l’Amérique du Sud?

Le Brésil et l’Argentine ont les complexes industriels les plus développés du continent, mais tous les pays de l’Amérique du Sud souffrent de la politique néoliberale qui ouvre leurs marchés sans discrimination quant à leurs caractéristiques culturelles et sociales spécifiques. Ce sont des populations d’exclus et de pauvres, qui correspondent à la majorité des gens de chaque pays de l’Amérique du Sud, faisant de notre continent le plus inéquitable de la planète.

9) Quelle est à votre avis la meilleure manière de sensibiliser et de former les étudiants à de tels enjeux pour notre avenir?

Je crois qu’on doit les mettre toujours en rapport avec les questions de leur réalité et de la réalité du monde. Un projet doit être ancré dans la réalité et il doit pouvoir la transformer. Pour ce faire, je crois que les méthodologies de la recherche-action peuvent nous aider a tourner notre point de vue dans tous les sens et d’échapper à une menace de posture démiurgique, ou au moins d’être un peu plus alerté sur la réalité de la situation.

10) Quels dispositifs souhaiteriez-vous mettre en oeuvre pour développer votre recherche avec l’ESAD Orléans?

Les dispositifs possibles sont notamment la connaissance du terrain, des producteurs locaux et de ses réseaux, la définition d’une demande, qui est représentée et discutée avec les acteurs sociaux du projet (producteurs, enseignantes, chercheurs, etc.), de réseaux de communication et d’échanges accessibles, des ateliers participatifs avec les producteurs et des ateliers pour les étudiants afin qu’ils puissant développer ensemble les projets conçus.

Merci à Beany Monteiro d’avoir répondu en français.


Pour connaître les recherche de Beany Monteiro :
beanymonteiro@eba.ufrj.br
lidis.ufrj.br

(1)
Le concept d' »extension universitaire » est apparu en Angleterre au XIXe siècle pour étendre les activités de l’université à la classe ouvrière issue de la révolution industrielle. En Amérique Latine, au début du XX siècle le « Cri de Cordoba » en Argentine, réclame une réforme universitaire propre à servir de base à une réforme sociale. Ce mouvement a donné lieu à une série des réformes universitaires et de changements sociaux. La France propose une relation transversale entre le « champ universitaire » et les champs social, économique, culturel, etc. Cet relation transversale permet à l’université en France de définir de manière autonome ses priorités et fonctionner comme institution de référence pour la société, selon certaines auteurs. Au Brésil, l’extension est un principe de la constitution brésilienne comme exigence adressée à l’université. Ces activités forment une structure pour l’action de l’université brésilienne avec la recherche et l’enseignement (RUBIAO, 2011).
Extensão.ufrj

(2)
bibspi.planejamento.gov.br

(3)
sucupira.capes.gov.br