Ecolab/Recherche

Que deviennent les objets dans les espaces connectés ? Comment cohabiter avec le fleuve Loire ? Quels sont les effets de notre environnement numérique sur l’imprimé, sur la narration et la fiction ? Que deviennent nos conceptions du temps et de la mémoire avec la Blockchain ?

C’est à ces questions que tentent de répondre les étudiant.e.s, les designers, artistes et théoricien.ne.s des programmes de recherche en art et en design de l’ÉSAD Orléans. À la croisée des disciplines et à l’image de notre époque, préoccupée par les enjeux technologiques, écologiques, numériques et politiques, les programmes contribuent à penser un design du temps et des média techniques, un design graphique et des interfaces mobiles, un design d’espace et des biens communs, un design des objets connectés et des données. 

La recherche est au cœur de la pédagogie de l’ÉSAD Orléans. L’école vise à former des designers et artistes de haut niveau, capables d’œuvrer et créer en équipe, avec d’autres designers, architectes, artistes, des scientifiques, des ingénieurs ou dans le cadre de politiques publiques. Dès le premier cycle, les étudiant.e.s sont sensibilisé.e.s à la recherche. Au second cycle, les quatre programmes de recherche constituent l’armature des enseignements, ce qui est également le cas pour le post-diplôme actuel et le Diplôme Supérieur de Recherche en Design à venir. L’unité de recherche de l’ÉSAD, l’ECOLAB, est structurée par ces quatre programmes de recherche. En formant les étudiant.e.s à la pensée critique, archéologique et futurographique et en les dotant d’une véritable maîtrise technique et artistique, l’ÉSAD Orléans veut offrir à ses étudiant.e.s la possibilité de dessiner le monde du futur, voire de refaire le monde.

Emmanuel Guez, directeur général. 

 

Les programmes 
de recherche en art 
et en design de l’ECOLAB

(2020-2022) 

Blockchain in Média (B.I.M)

CHAMPS DE RECHERCHE : archéologie de la Blockchain 

Direction : Lionel BROYE

“Inventée” en 2008, la Blockchain, ou Chaîne de blocs, est connue du grand public comme étant la technologie des “cryptomonnaies” (les fameux “Bitcoins”). Elle est surtout un registre décentralisé de transactions, infalsifiable et ineffaçable. La Chaîne de blocs stocke, traite, transmet de l’information d’une manière spécifique (réseau pair-à-pair, cryptographie, horodatage etc.), qui justifie qu’on l’aborde comme un médium spécifique, qui ne se réduit ni à l’ordinateur, ni à l’Internet. Il s’agit donc d’aborder la Chaîne de blocs depuis sa réalité technique et son design propre, et non depuis ses utilisations ou encore leurs conséquences économiques, juridiques et politiques, qui sont jusqu’alors les angles d’approche les plus adoptés. Le programme vise à étudier de quelle manière le design de la Chaîne de blocs, qui automatise la promesse, la confiance et l’archive, affecte la conception du temps et le régime mémoriel. 

À la croisée de l’art, du design, de la philosophie, de l’économie politique, de l’informatique et de l’archéologie des média, le programme s’empare de quatre questions (apparemment) distinctes : Quelles “temporalités” la Blockchain produit-elle (ce qui revient aussi à se demander par quelle méthode peut-on saisir ces temporalités) ? Dans la mesure où la technologie Blockchain semble impliquer une accélération technologique et un besoin croissant en énergie, vers où et quoi nous conduit-elle (il s’agira peut-être alors aussi de lever le mystère de son “’invention”) ? Compte tenu du principe de jetonisation, est-il seulement possible de dessiner une chaîne de bloc qui puisse se déployer de manière égalitaire ? Enfin, alors qu’à l’ère de la reproductibilité technique le monde de l’art pensait en avoir fini avec la notion d’original, la Chaîne de blocs ne fait-elle pas resurgir cette notion que l’on croyait éteinte ? 

Partenaires du programme 

Collège international de philosophie, École Nationale Supérieure de la Photographie (Arles), École Nationale Supérieure des Arts Visuels de La Cambre (Bruxelles, Belgique), Beaux-Arts de Paris, HEAD (Genève, Suisse), La Labomedia (Orléans), Université Technique de Cottbus (Allemagne), ZKM (Karlsruhe, Allemagne).

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Édition, média, design : Expanded Publishing, quand les datas deviennent formes 

CHAMPS DE RECHERCHE : les mutations de l’édition et les enjeux de la narration et de la fiction 

Direction : Emmanuel CYRIAQUE

Lorsque écrire, concevoir, éditer, publier et lire numériquement s’imposent comme une nouvelle norme de l’édition, que deviennent les pratiques où le « faire » renvoie à la singularité d’un auteur, à sa signature, à sa position dans un continuum historique de transmission de savoirs et savoir-faire ? Les pratiques qui relèvent de l’édition font en effet face aujourd’hui à une mise en question, sans doute fondamentale, de leur modus operandi. Des décennies après l’invention de l’ordinateur, après la révolution numérique, l’édition se comprend dans une interaction de multiples média. Il s’agit d’expérimenter ces nouvelles formes d’éditions, d’expériences et de fictions interactives offertes par les technologies numériques : réalité augmentée, dispositifs transmedia interactifs et expériences vidéo-ludiques. 

Le programme s’intéresse aussi aux problématiques posées par la production exponentielle des données et leur exploitation en étudiant les croisements plastiques et conceptuels qui s’opèrent aujourd’hui entre l’édition papier et l’édition numérique et leur influence sur l’écriture et le récit. Lorsqu’un dispositif numérique remplace ou simule un support traditionnel, ce n’est pas seulement le texte qui se trouve transformé. Il en va de même des pratiques graphiques et visuelles et de la conception des nouveaux environnements de lecture et d’écriture. 

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Liga – Cohabiter avec le fleuve

CHAMPS DE RECHERCHE : Loire dans toute sa complexité (géographique, historique, biolo- gique, technique, culturelle, sociale, juridique et politique) 

Direction : Ludovic DUHEM

L’ÉSAD Orléans s’inscrit tout naturellement dans le territoire de la vallée de la Loire, fleuve qui traverse la ville et marque fortement son identité (géographique, historique biologique, religieuse, populaire et artistique). Si une partie de la Loire est endiguée, canalisée, c’est aussi un fleuve largement « sauvage » dont les mouvements sont sensibles y compris dans la métropole d’Orléans. Le programme de recherche vient en écho avec le projet développé par le collectif POLAU (Pôle Arts & Urbanisme) initié en 2019 pour la création d’une entité juridique du fleuve Loire. En 2019, le POLAU initie le projet « Génies-Génies » (transition énergétique des territoires, valorisation des déchets et cul- ture du fleuve). C’est à l’intérieur de ce projet que se trouve le chan- tier « culture du fleuve » proposant un « Parlement de Loire ». Ce projet consiste à poser la question suivante : « et si, pour la première fois en Europe, un fleuve avait la possibilité de s’exprimer et de défendre ses intérêts à travers un système de représentation interspécifique ? » Il s’agira alors tout d’abord d’étudier, interroger et expérimenter par le design la « personnalité » de Loire dans toute sa complexité (géographique, historique, biologique, technique, culturelle, sociale, juridique et politique) à travers les problèmes spécifiques posés par la cohabitation avec un fleuve jouissant d’un statut juridique nouveau et inédit en Europe. Le programme abordera les questions de la cohabitation (formes de l’habiter, historiques, vernaculaires, à venir), de la biodiversité, des sols et des flux. Puis, l’objectif sera de produire des connaissances nouvelles et spécifiques sur le « design » du fleuve. Enfin, d’inscrire territorialement la recherche de l’ÉSAD Orléans en visant un développement à long terme autour des « Loire studies » selon une approche multidisciplinaire. 

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Objects, crafts and computation (Objets et arts de faire computationnels) 

CHAMPS DE RECHERCHE : Design des objets connectés, sculpture des données et nouvelles matérialités 

Direction : Caroline ZAHND

Le designer est aujourd’hui en capacité d’inventer des objets qui peuvent exister à la fois dans le monde tangible et dans l’environnement numérique, connectant et interfaçant l’un à l’autre. Il dispose d’informations, de réseaux et de média de création dits “dématérialisés” (Internet, données numériques, logiciels), de nouveaux lieux et machines de fabrication (FabLabs, imprimantes 3D, etc.) et de matériaux innovants. Les objets conçus et produits numériquement sont dotés de capacités de connexion et de communication. Ils sont devenus sensibles à leur environnement et aux humains. Ils tendent aussi vers une forme d’intelligence qualifiée d’“artificielle”. Le programme de recherche étudie d’une part les mutations des pratiques du designer au prisme des nouvelles formes de conception, de production et de matérialités issues des révolutions numériques. Autrement dit, dans quelle mesure les média de conception et les machines de fabrication numériques affectent-ils le design ? Comment les savoir-faire s’y redéfinissent-ils ? Comment le designer s’empare-t-il des matérialités que les sciences et les technologies numériques mettent à sa disposition ? D’autre part, il s’agira de savoir comment les informations captées et diffusées par des objets nouveaux, accumulées dans les fermes de données puis analysées et traitées, sont capables de les informer à leur tour, voire de leur donner une nouvelle forme plastique, et dans quel but. Comment l’interconnexion de ces objets, à l’intelligence à la fois embarquée et distribuée avec le réseau, redéfinit-elle notre rapport au monde et selon quelles logiques ? Abordant de manière spéculative la nature des objets algorithmiques et connectés, le programme s’interroge sur leur dimension ubiquitaire, leur aptitude à émettre, recevoir, capter et traiter des données, ainsi que sur leur autonomie grandissante dans les espaces qu’ils peuplent et déterminent.