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Entretien avec Chloé JEANNE

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Entretien avec Chloé JEANNE
DNSEP en art avec félicitation du jury
(EESAB site de Quimper)

par Ludovic Duhem, Responsable scientifique ÉCOLAB

1) À quoi es-tu sensible dans le monde et particulièrement dans le monde actuel?

J’ai été sensibilisée à la nature dès mon plus jeune âge, par l’environnement dans lequel j’ai grandi: une maison à la campagne et des parents soucieux de ce qui nous entoure. Observer les plantes, les insectes, être capable de reconnaître les oiseaux par leurs chants, distinguer les champignons et les arbres par leurs aspects… tout cela a bercé mon enfance, et donc aiguisé ma perception du paysage et notre impact sur celui ci.
Je pense qu’actuellement une certaine méconnaissance de la nature nous y a mis à distance, nous ne sommes plus dans la nature mais face à elle, il faut donc inverser le processus.

2) Quelle est ta pratique?

Quand je suis entrée en 2013 à L’EESAB de Quimper ma pratique s’est organisée autour de la question de l’organique, puis naturellement celle du paysage, de ses temporalités et de son échelle. J’ai donc proposé pour mon DNSEP, un ensemble d’oeuvres colonisées par les organismes vivants, des représentations de processus, un laboratoire d’expérimentation, une balade olfactive activée par le passage du spectateur avec pour objet d’étude le paysage. Un ensemble d’oeuvres, en symbiose tel un écosystème incluant le spectateur.

3) Quel est ton parcours? comment as-tu découvert l’ESAD Orléans?

La question de l’après DNSEP est toujours impressionnante, je voulais approfondir mon travail, en m’entourant de personnes qualifiées. J’ai recherché un post-diplôme où je pourrais pleinement poursuivre et affiner mon projet. J’ai trouvé ECOLAB via le site de l’ESAD, proposant comme sujet d’étude l’écologie, le numérique et le design.
La question de l’écologie étant déjà présente dans mon travail le lien était fait. Je voulais intégrer une structure me permettant de mettre en place mon projet, de maîtriser mes matériaux et les questionner, une démarche il me semble similaire à celle du designer.

4) Comment présenterais-tu ton projet de recherche en post-diplôme? pourquoi un tel intérêt pour le champignon?

selon toi, en quoi la création, en art et/ou en design, peut-elle contribuer à sensibiliser le public aux enjeux écologiques voire modifier leurs comportements?

Mon but est de « mettre en forme » la vie, et de l’intégrer aux éléments du quotidien, l’art comme le design peuvent être un moyen de démocratiser la présence des organismes vivants au sein de notre vie et d’effacer toutes les réticences envers le monde fongique, les moisissures, les bactéries…
J’ai donc comme projet de travailler autour des biomatériaux, plus particulièrement de pouvoir développer un vocabulaire, une gamme plastique, à partir du monde vivant, fongique et bactérien. Une démarche qui, il me semble, me permettra de donner aux spectateurs les moyens de mieux appréhender le vocabulaire du vivant à travers son exploration.

5) Comment envisages-tu le rapport entre art et design dans ta pratique de recherche? Particulièrement au sujet du champignon?

J’estime que l’étude des champignons se divisent en deux parties.
Premièrement il y a le mycélium, partie souterraine du champignon intéressante comme mycomatériau qui est déjà utilisé par des designers comme Eric Klarenbeek. Il est efficace grâce à ses différentes propriétés: excellent liant, hydrofuge, résistant au feu, léger…
Deuxièmement il y a la partie émergente du champignon, qui selon les espèces, crée des structures spectaculaires avec une gamme de couleur et de texture très variée. Un aspect qui peut être intéressant de développer pour la question de la forme.
J’ai pu remarquer en côtoyant les élèves de L’ESAD que certains, surtout en DOE avaient une méthodologie similaire à la mienne. L’étude d’un sujet passe par le dessin, le choix d’un matériau, l’expérimentation qui amène la question de la forme. Bien sûr, il n’y a pas d’ordre pré-établi. Il est question de maîtriser son sujet d’étude, en ce qui me concerne le champignon, en en tirant tous les aspects exploitables dans une démarche artistique.

6) Quelles sont les rencontres de recherche que tu as pu faire depuis ton arrivée?

Le fait de faire partie d’Ecolab et d’avoir le statut d’étudiante chercheuse, m’a permis de rentrer en contact avec des structures tel que le CNRS et de rencontrer des scientifiques capables de m’aider dans ma recherche. L’équipe Ecolab me permet aussi de questionner et de cibler les enjeux de ma recherche par des compte-rendus ponctuels.
Je suis en relation depuis décembre avec Laurence Laboutière, mycologue qui a déjà travaillé sur le mycélium comme biomatériau. En parallèle depuis le mois de février, je suis en « stage » au CNRS d’Orléans au Centre Biophysique Moléculaire, je côtoie des scientifiques afin de m’inspirer et d’observer des processus scientifiques et par la suite de pouvoir les sortir du laboratoire, sous forme plastique.

7) Quel conseil donnerais-tu aux étudiants voulant développer un projet de recherche après un DNSEP?

Mes attentes concernant l’année de Post-diplôme semblent en bonne voie, la structure de l’école permet une transition douce entre le DNSEP et l’activité de jeune artiste. De plus il offre un accompagnement qui s’adapte au projet personnel que l’étudiant chercheur mène comme il lui semble. Personnellement cette année va me permettre de développer ma gamme plastique et de questionner le matériau, d’en maîtriser les qualités plastiques et fonctionnelles afin de les appliquer et de les ancrer dans ma pratique.

Mon site : https://chloejeanne.net

Références artistiques:

Michel Blazy (https://www.galerieartconcept.com/artiste/michel-blazy/)
Hicham Berrada (http://hichamberrada.com)
Julian Charrière (http://julian-charriere.net)
Nicolas Momein (https://www.nicolasmomein.com)
Motoi Yamamoto (http://www.motoi.biz/english/e_top/e_top.html)
Gilles Clément (http://www.gillesclement.com)
Peter Hutchinson (https://www.gadcollection.com/fr/30-peter-hutchinson)

Références designs:

Officina Corpuscoli (http://www.corpuscoli.com)
Eric klarenbeek (http://www.ericklarenbeek.com)
Ecovative Design (https://ecovativedesign.com/ourfoundry
Jonas Edvard (http://jonasedvard.dk)

Références théoriques:

Gilles Clément (Paysagiste Français)
Bruno Latour (Philosophe Français)
James Lovelock (scientifique et environnementaliste indépendant britannique)
Paul Stamet (Mycologue Américain)

Curriculum Vitae

N° SIRET : 847 576 212 00017
N° d’ordre MDA: (En cours)

Formations et diplômes:

2018-2019: Post-diplôme recherche au sein de l’unité ECOLAB de L’ESAD d’Orléans.
2018: DNSEP en art avec les félicitations du jury (EESAB site de Quimper).
2015-2016: Erasmus à l’FBAUP (Faculdade de Belas Artes da Universidade do Porto) de Septembre à Février.
2015: DNAP (Diplôme National d’arts plastiques) en art avec mention (EESAB site de Quimper).
2013: Baccalauréat filière littéraire option arts plastiques.

Stage/Workshop et expériences professionnelles:

2017: Assistante de production artistique pour Julie Christine Fortier, préparation de touches pour l’exposition à la crypte d’Orsay, et aide à l’élaboration du parfum «Les intouchables».
2015: Stage de 3 semaines au CIAV (Centre International d’Art Verrier), aide à la production de boules de Noël et réalisation d’un travail personnel en verre.
2014: Organisatrice d’un atelier/workshop au Lycée Lebrun à Coutances en relation avec l’association « Les sentiers de la mémoire ».

Expositions:

2018: Exposition des diplômés DNSEP « Demain c’est loin » à L’EESAB / Quimper
2016: Exposition collective à la troisième édition de « Tous à la Manu ! » organisée par l’association Les Moyens du Bord, dans le cadre de la Fête de la Bretagne / Morlaix.
2015: « L’art dans tous les sens » 4ème édition en collaboration avec Valentin Duteils / Quimper.

Entretien avec Beany MONTEIRO

Entretien avec Beany MONTEIRO
Chercheure en Design de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro

par Ludovic Duhem, Responsable scientifique ÉCOLAB

1) Comment pourriez-vous vous présenter en quelques mots?

Je m’appelle Beany Monteiro et je suis professeure à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ) où je coordonne depuis 2006 un Laboratoire qui s’appelle LABDIS (Laboratoire de Design et Innovation Sociale) lié au cours de Design Industriel de l’École de Beaux Arts de l’UFRJ. Je suis à Orléans pour la période du 30 avril jusqu’au 04 septembre 2018, à l’Unité de Recherche ECOLAB de l’École Supérieure d’Art et de Design d’Orléans. Je suis présente dans le cadre d’un post doctorat effectué avec l’appui du Studium.


2) Comment avez-vous connu l’ESAD Orléans?

Le Studium m’a mis en contact avec vous en 2016, à partir de mon interêt d’envoyer un projet de recherche pour l’appel à résidence 2017 proposé par l’ESAD et Le Studium.


3) Qu’est-ce qui a motivé votre candidature à la recherche ÉCOLAB/Le Studium?

La structure proposée pour developper la recherche et les réseaux des laboratoires en France et dans la région Centre-val de Loire, bien que l’efficacité des communications et des échanges avec les chercheurs qui étaient, comme moi, très loin de la région.


4) Quel est votre sujet de recherche en quelques mots?

Mon sujet de recherche, c’est la production des connaissances sociales et écologiques en design à partir des projets locaux. Ces connaissances génèrent une nouvelle qualité de recherche qui concerne la formation des connaissances autonomes en design. Ces connaissances autonomes peuvent avoir des implications importantes pour le design comme, par exemple, la création de réseaux qui mettent en interaction les acteurs du projet, surtout avec l’objectif de favoriser le qualité de ces relations et promouvoir le changement du focus du produit vers les impacts dans les contextes où ces produits sont insérés.

5) Les questions écologiques et numériques sont-elles importantes au Brésil?

Oui, elles sont importantes parce qu’on doit promouvoir la relation entre nous et ce qu’on produit. On est un énorme pays (environ 220 millions d’habitants) riche en ressources naturelles qui sont exploitées par une politique néoliberale qui ne prend pas en compte les questions sociales et culturelles du Brésil. Et aussi parce qu’on doit avancer par rapport au développement technique mais de façon active pour développer des solutions du côté pédagogique, lesquelles sont importantes pour le design.

6) Comment ces questions sont-elles articulées aux questions sociales et culturelles au Brésil?

Au niveau de la formation en design, on a l’extension universitaire (1), qui est obligatoire selon la Constitution brésilienne, et qui permet de rapprocher les solutions que les étudiants développent dans leurs projets au sein de la réalité locale. Dans ce sens, l’extension universitaire se configure comme un dispositif qui permet l’articulation entre les questions numériques et écologiques et les questions sociales et culturelles au niveau de la formation en design au Brésil (2).

7) Le Design est-il un domaine de recherche actif au Brésil et ces questions sont-elles importantes pour les
designers et les chercheurs dans ce pays?

Le design est un domaine très actif de recherche au Brésil. Il est représenté par les 67 programmes de recherche dans le domaine de l’architecture, de l’urbanisme et du design, pour un total de 4341 programmes entre tous les domaines de recherche du pays (3). Ces questions sont importantes pour les designers et les chercheurs au Brésil dans la mesure où le pays doit approfondir ses politiques sociales dans tout les sens – éducation, santé, assainissement, habitation, information, culture – et promouvoir de façon simultanée les programmes de coopération et d’internationalisation de ses recherches, qui donnent des conditions favorables au développement durable du pays.

8) À votre connaissance, la situation est-elle la même dans toute l’Amérique du Sud?

Le Brésil et l’Argentine ont les complexes industriels les plus développés du continent, mais tous les pays de l’Amérique du Sud souffrent de la politique néoliberale qui ouvre leurs marchés sans discrimination quant à leurs caractéristiques culturelles et sociales spécifiques. Ce sont des populations d’exclus et de pauvres, qui correspondent à la majorité des gens de chaque pays de l’Amérique du Sud, faisant de notre continent le plus inéquitable de la planète.

9) Quelle est à votre avis la meilleure manière de sensibiliser et de former les étudiants à de tels enjeux pour notre avenir?

Je crois qu’on doit les mettre toujours en rapport avec les questions de leur réalité et de la réalité du monde. Un projet doit être ancré dans la réalité et il doit pouvoir la transformer. Pour ce faire, je crois que les méthodologies de la recherche-action peuvent nous aider a tourner notre point de vue dans tous les sens et d’échapper à une menace de posture démiurgique, ou au moins d’être un peu plus alerté sur la réalité de la situation.

10) Quels dispositifs souhaiteriez-vous mettre en oeuvre pour développer votre recherche avec l’ESAD Orléans?

Les dispositifs possibles sont notamment la connaissance du terrain, des producteurs locaux et de ses réseaux, la définition d’une demande, qui est représentée et discutée avec les acteurs sociaux du projet (producteurs, enseignantes, chercheurs, etc.), de réseaux de communication et d’échanges accessibles, des ateliers participatifs avec les producteurs et des ateliers pour les étudiants afin qu’ils puissant développer ensemble les projets conçus.

Merci à Beany Monteiro d’avoir répondu en français.


Pour connaître les recherche de Beany Monteiro :
beanymonteiro@eba.ufrj.br
lidis.ufrj.br

(1)
Le concept d' »extension universitaire » est apparu en Angleterre au XIXe siècle pour étendre les activités de l’université à la classe ouvrière issue de la révolution industrielle. En Amérique Latine, au début du XX siècle le « Cri de Cordoba » en Argentine, réclame une réforme universitaire propre à servir de base à une réforme sociale. Ce mouvement a donné lieu à une série des réformes universitaires et de changements sociaux. La France propose une relation transversale entre le « champ universitaire » et les champs social, économique, culturel, etc. Cet relation transversale permet à l’université en France de définir de manière autonome ses priorités et fonctionner comme institution de référence pour la société, selon certaines auteurs. Au Brésil, l’extension est un principe de la constitution brésilienne comme exigence adressée à l’université. Ces activités forment une structure pour l’action de l’université brésilienne avec la recherche et l’enseignement (RUBIAO, 2011).
Extensão.ufrj

(2)
bibspi.planejamento.gov.br

(3)
sucupira.capes.gov.br

VIDÉOS CONFÉRENCE #2

LES ÉCOLOGIES DU NUMÉRIQUE #2. 2018
Vers un design post-numérique?

VIDÉOS CONFÉRENCE

VIDÉOS CONFÉRENCE #1

LES ÉCOLOGIES DU NUMÉRIQUE #1. 2017

VIDÉOS CONFÉRENCE

Séminaire de recherche

Le séminaire de recherche organisé par ÉCOLAB en juillet 2017 au Centre d’Art d’Amilly avait pour objectif de préparer le colloque international en introduisant la problématique générale à travers le regard critique de chercheurs en design et de praticiens.

Programme

Jacqueline FEVBRE, Directrice ÉSAD Orléans
Introduction générale

Ludovic DUHEM, Responsable de la recherche ÉSAD Orléans, Directeur scientifique ÉCOLAB
Présentation de l’ÉCOLAB

Anthony MASURE, Maître de conférence en design (Université de Toulouse)
Présentation de ses recherches – Discussion

Guillian GRAVES, Biodesigner (ENSCI)
Présentation de ses recherches – Discussion

Michelle DOBRÉ, Sociologue (Université de Caen)
Présentation de ses recherches – Discussion

LES ÉCOLOGIES DU NUMÉRIQUE #1. 2017

 

LES ÉCOLOGIES DU NUMÉRIQUE #2. 2018

LES ÉCOLOGIES DU NUMÉRIQUE #2. 2018
Vers un design post-numérique?
COLLOQUE INTERNATIONAL

ESAD ORLÉANS – 13-14 DÉCEMBRE 2018


CONTEXTE

Depuis la création d’ÉCOLAB en 2016 (Unité Recherche soutenue par le Ministère de la Culture), l’ÉSAD Orléans développe des recherches sur le design comme interface entre l’écologie et le numérique. Son positionnement en faveur d’un design écologique au sens large, allant du signe à l’espace, des écosystèmes naturels aux écosystèmes humains et artificiels, s’affirme ainsi à travers un dispositif multidimensionnel composé de projets de recherche, d’un post-diplôme, d’une résidence internationale, de colloques, d’expositions et de publications multiples.

Par une démarche de recherche-création, critique et expérimentale, il s’agit plus précisément d’interroger les écosystèmes complexes constitutifs du monde actuel, particulièrement en relation avec le numérique devenu le milieu associé de nos existences. Les dimensions matérielles, psychiques, sociales et politiques de ces écosystèmes sont alors traitées selon les spécificités des deux options de formation proposées par l’ÉSAD Orléans : Design Objet Espace autour des cultures matérielles post-numériques (conceptions, pratiques et savoirs de la matérialité) et Design Visuel Graphique autour du design éditorial et des nouvelles formes de narration (pré et post print, web to print, interfaces mobiles, écoconception graphique, etc.). Leur synergie s’opère grâce à des projets transversaux stimulant le dialogue et la complémentarité des démarches et des méthodes.

PRÉSENTATION

Suite à la première édition du colloque « Les écologies du numérique » (9-10 Novembre 2017), laquelle a permis de définir les enjeux d’une approche générale et plurielle à la problématique écologique dans le domaine du design, ce second volet intitulé « Les écologies du numérique #2 Vers un design post-numérique ? » propose de s’interroger sur la possibilité et la pertinence d’un design « post-numérique » à travers deux thématiques : « matérialités post-numériques et savoirs vernaculaires » et « design éditorial et nouvelles formes de narration ».

L’IDÉE D’UN DESIGN « POST-NUMÉRIQUE »

Venue du champ de l’art, l’idée de « post-numérique » est récente et demeure aujourd’hui polémique tant elle peut recouvrir des acceptions différentes et parfois contradictoires (y compris dans la controverse autour de « numérique vs digital » et de « analogique vs numérique/digital »). Premièrement, on peut évidemment entendre cette dénomination au sens chronologique et considérer qu’il s’agit d’un design postérieur à la constitution des techniques de conception, de production et de diffusion issues de la cybernétique, de l’informatique et de la télématique (les années 1980 et plus généralement les années 1990 avec le développement de l’informatique personnelle et de l’internet). Deuxièmement, on peut exprimer par là une position historique plus marquée et affirmer que le « post-numérique » désigne un autre design que le design analogique nécessitant la reconnaissance d’une césure historique qui dépasse la simple adoption de nouveaux outils dont les effets sont alors non seulement techniques et esthétiques, mais surtout ontologiques au point que le design change de nature. Troisièmement, on peut considérer que le design « post-numérique » est un design qui cherche à questionner le numérique en tant qu’ensemble ayant transformé la société dont l’omniprésence risque de dissimuler les enjeux éthiques, sociaux, politiques, écologiques. Cette façon critique de l’envisager implique par exemple de reconsidérer la relation aux écrans, au « high tech », au « HiFi », mais aussi et surtout de rétablir, réinvestir et renouveler la relation au monde physique, à la matérialité, à la vie, au corps, à l’humain.

Ce questionnement peut alors se faire plus critique encore et devenir radicalement politique en appelant design « post-numérique » un design qui refuse de passer par le numérique, donc de mobiliser des techniques, des machines, des ressources matérielles et des sources d’énergie, mais aussi des modes de représentation, des modes de socialisation et d’organisation collective, considérées comme étant propres au « numérique » et produisant une dégradation des milieux de vie et des humains qui leur donnent sens par la pollution et le contrôle.

Sans prendre immédiatement parti pour telle ou telle signification de l’expression « post-numérique » et de lui associer une idéologie, un courant intellectuel ou une esthétique, ce colloque cherche à éclairer cette idée pour le design et mieux cerner en quoi il est nécessaire de prendre position par la création, notamment sur le sens écologique de cette dénomination.


LES AXES

1) MATÉRIALITÉS POST-NUMÉRIQUES ET SAVOIRS VERNACULAIRES

Pour ouvrir cette réflexion et approfondir les bases posées lors du premier colloque, deux thématiques sont proposées dans ce cadre. La première intitulée « Matérialités post-numériques et savoirs vernaculaires » s’attache à centrer le questionnement d’un design post-numérique sur la matérialité et sur le savoir, dans leurs recouvrement réciproque à travers le savoir-faire.

Depuis leur arrivée il y a une quarantaine d’années, les techniques numériques ont en effet bouleversé notre rapport à la matière sur bien des aspects :
– accès à un niveau nanométrique d’action pour réaliser des objets, des machines et des œuvres
– production de nouveaux matériaux grâce à la précision, la vitesse et le rendement énergétique du numérique
– conception d’objets dont les propriétés structurelles et les capacités transformatrices et communicationnelles sont impossibles sans le numérique
– apparition d’un artisanat et d’un amatorat numériques par la convivialité des logiciels et des machines (impression 3D, découpe laser, fritage de poudre, etc.) mises à disposition dans des « tiers lieux »
– hybridation de l’analogique et du numérique entre matériaux naturels et dispositifs numériques révélant de nouvelles possibilités constructives et esthétiques
– nouvelles possibilités d’action et de composition par assistance numérique de techniques ancestrales (vannerie, tissage, broderie, etc.)
Autant de domaines dans lesquels le design participe d’une revalorisation de la matérialité contre l’idée trop répandue que le numérique est une « dématérialisation » généralisée. Le numérique renvoie ainsi à la matière, dans tous les sens du mot « renvoi ».

Mais les techniques numériques ont aussi bouleversé notre rapport au savoir en général, et en particulier au savoir concernant la matière. Si ces techniques viennent évidemment de la science la plus pointue et de la technologie la plus avancée, leurs conséquences ne se limitent pas à la puissance de calcul, au volume de stockage, à la vitesse de traitement, à l’interconnexion, et à leur effet sur l’attention, l’apprentissage, la signification et le partage des connaissances. Elle produit aussi une « culture » qui n’est pas une culture tout à fait scientifique et technique ni complètement « numérique ». Les machines informatiques, les logiciels, les applications, permettent un accès « intuitif » et une manipulation « conviviale » qui ne suppose pas une formation théorique solide mais plutôt une autoformation à la fois empirique, ludique et collective ou partagée. Cette facilité d’accès et d’utilisation, outre les questions éthiques et politiques qu’elle pose, permet en même temps de retrouver une certaine connivence avec les savoirs « vernaculaires », c’est-à-dire des savoirs à la fois informels, populaires, locaux, oraux, non transmis par un enseignement institutionnalisé fondé sur la connaissance théorique. Cette connivence peut devenir une réelle convergence si les savoirs vernaculaires en question deviennent des opérateurs critiques du « tout numérique » pour réinscrire le numérique et ses techniques dans une réalité humaine vécue, locale, traditionnelle… Le design pourrait ainsi opérer une médiation critique entre le numérique et les savoirs vernaculaires qui puisse avoir cet effet d’un recours à des savoir-faire réinventés plutôt qu’un retour à la tradition analogique par rejet nostalgique. Les enjeux écologiques d’un tel recours aux savoirs vernaculaires par le numérique paraissent incontournables aujourd’hui.

Durant cette première journée, il s’agit donc de savoir en quoi un design « post-numérique » peut contribuer à éclairer l’importance des savoirs vernaculaires et en expérimenter des réponses durables à travers les tensions entre intuition et calcul, ouverture et contrôle, réhumanisation et artificialisation, qu’elle implique.


2) ÉDITION POST-NUMÉRIQUE ET NOUVELLES FORMES DE NARRATION

La deuxième thématique de ce colloque concerne l’« édition post-numérique et les nouvelles formes de narration ». Il s’agit plus précisément d’interroger l’écosystème de l’édition actuelle prise dans le développement récent de nouvelles formes de conception, de production et d’échange des objets éditoriaux. Elles sont apparues avec la remise en cause de la centralité de l’écran, de la fin supposée du livre papier, et de l’arrivée de l’Internet mobile et des applications pour smartphones.

Comme de nombreuses études et projets ont pu le montrer, ces nouvelles formes impliquent une réévaluation du rapport entre numérique et analogique, entre on line et off line, entre papier et écran, entre éditeur et auteur, entre auteur et lecteur, entre éditeur et lecteur. Cela est particulièrement prégnant si l’on regarde de près toutes les formes composites, hybrides, qui se manifestent dans les objets éditoriaux connectés, complétés ou « augmentés » dans leur contenu par un site web avec des contenus audio et vidéo, les sites web à imprimer, etc. En clair, un design non seulement graphique mais éditorial « post-numérique » est en jeu et il est à étudier à travers ces objets éditoriaux hybrides tels que le pré-post-print, le web-to-print, etc.

L’autre aspect corrélatif de ces nouveaux objets ou dispositifs éditoriaux est la transformation des modes de narration. La manière dont on écrit le contenu à éditer s’est modifiée pour intégrer les possibilités nouvelles du numérique et du web mais aussi pour repenser comment se construit et se lit un récit. Lorsque les supports sont multiples, mobiles, hybrides, interactifs, immersifs, les effets sur l’attention, sur l’espace et le temps impliqués par la lecture sont considérables et les modes d’écriture ne peuvent apparemment plus s’attacher aux modes analogiques seulement transposés. La navigation sémantique et aléatoire, les hyperliens textuels et iconiques, les intrigues à fins multiples, l’écriture distribuée, etc., sont autant d’exemples d’une transformation radicale de la narration, dans la structure, dans l’imaginaire et dans la signification (c’est-à-dire les critères classiques de linéarité séquentielle, d’auctorité identifiable, d’idiomaticité stable, d’unicité du support).

Pourtant, ces « nouvelles formes » doivent être elles-mêmes requestionnées en tant que « récit » du numérique, car nombre d’entre elles ont connu des formes analogues voire similaires dans le monde « pré-numérique » et la tendance à « idéaliser » l’usager participant peut produire aussi une illusion fort discutable. D’une certaine manière, il s’agit de se demander dans cette deuxième journée ce que le design « post-numérique » fait à la narration et ce qu’il contribue à construire comme narration de l’écosystème éditorial de notre temps.

PROGRAMME

Jeudi 13 Décembre

MATÉRIALITÉS POST-NUMÉRIQUES ET SAVOIRS VERNACULAIRES

Matin
9h30 Accueil – Café

9h45 Mot de bienvenue par Jacqueline FEBVRE (Directrice de l’ESAD Orléans)

10h Introduction par Ludovic DUHEM (responsable de la recherche ESAD Orléans)

10h15 Camille BOSQUÉ (Designer, enseignante-chercheuse en Esthétique et Design, Université Paris1)
« N’importe qui pourra alors fabriquer n’importe quoi. »
Quelles matérialités pour les objets conçus dans les ateliers de fabrication numérique ?

10h45 James STEVENS (Designer, Makelab, Associated Professor, Lawrence Technological University)
Digital vernacular

11h30 Pause

11h45 Laureline GALLIOT (Designer)
Digital crafts

12h15 Table ronde 1

13h Déjeuner

Après-midi
14h30 Édith HALLAUER (Docteure en urbanisme, ENSCI)
Savoirs vernaculaires et déprise d’œuvre

15h Marion VOILLOT (Designer, CRI)
Des instruments tangibles pédagogiques et numériques – le corps en mouvement, medium d’interaction avec la technologie

15h30 Pause

15h45 Émilien GHOMI (Designer, chercheur CNAM)
Pédagogie, culture, société. Au delà des grands discours : Le numérique peut-il vraiment être humain ? Peut-on réellement apprendre des tiers-lieux ?

16h15 Nathalie GUIMBRETIÈRE (Artiste et chercheure, ENSAD)
« Le rivage des ombres » : le tangible dans les projets d’installation et de performance artistique. Implications politiques du geste en temps réel et de l’atelier en partage.

16h45 Table ronde 2

17h30 Fin de la journée

Vendredi 14 Décembre

ÉDITION POST-NUMÉRIQUE ET NOUVELLES FORMES DE NARRATION

Matin – Édition post-numérique
9h30 Accueil café

10h Introduction à la journée par Ludovic DUHEM (responsable de la recherche ESAD Orléans)

10h15 Victor GUÉGAN (Historien de l’art et de la typographie, ESAD Amiens)
Post-typographiques. Trois manières d’être typographe après la disparition de la typographie

10h45 Quentin JUHEL (designer graphique, étudiant-chercheur ENSADLab/PSL)
Outils conventionnels et non conventionnels de création graphique

11h15 Pause

11h30 Kevin DONNOT (Designer graphique, E+K)
Du Web au Print, retour d’expériences

12h15 Éric SCHRIJVER (Designer d’interaction et auteur)
L’impact du contrôle algorithmique du droit d’auteur sur l’édition post-numérique

12h45 Table ronde 3

13h15 Déjeuner

Après-midi – Nouvelles formes de narration
14h30 Thibaud HULIN (Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Bourgogne, CIMEOS) et Marielle BOURDOT (Artiste et enseignante en communication visuelle, Université de Bourgogne, CIMEOS)
Écriture, design et innovation sociale

15h Yann AUCOMPTE (Enseignant, Designer graphique, Université Paris 8)
Design graphique « survivaliste-post-numérique » : recherche-action en design écosophique pour la communication d’un séminaire

15h30 Pause

15h45 Bérénice SERRA (Artiste, éditrice et étudiante-chercheure, ENSBA Lyon NRV)
Nouvelles narrations : les artistes et les dynamiques d’éditorialisation

16h15 Julien FALGAS (Docteur en sciences de l’information et de la communication, Université de Lorraine)
De l’innovation narrative à la navigation web contributive

16h45 Table ronde 4

17h15 Éric SHRIJVER (Designer d’interaction et auteur)
Copy this book (performance)

18h Clôture du colloque

LES ÉCOLOGIES DU NUMÉRIQUE #1. 2017

LES ÉCOLOGIES DU NUMÉRIQUE #1. 2017
COLLOQUE INTERNATIONAL

 

ESAD ORLÉANS – 9-10 Novembre 2017

Le colloque international « Les écologies du numérique » est organisé par l’École Supérieure d’Art et de Design d’Orléans. Il constitue l’événement inaugural des activités de l’Unité de Recherche ÉCOLAB (labellisée par le Ministère de la Culture et de la Communication) spécialisée dans l’étude et l’expérimentation des questions écologiques et numériques dans le domaine du design.
PRÉSENTATION

L’enjeu fondamental du colloque international « Les écologies du numérique » est d’interroger les conditions et les modalités d’une approche « écologique » du numérique à travers les pratiques contemporaines du design. Il repose sur l’idée que l’écologie est irréductible à l’étude et à la protection de la nature, et qu’elle doit par conséquent se comprendre au sens large comme une approche relationnelle, dynamique et complexe pouvant s’appliquer aux milieux artificiels et en particulier au milieu numérique devenu aujourd’hui le milieu associé de nos existences.

Dans ce colloque, il sera non seulement question de ce que le numérique fait au design mais surtout de ce que le design peut faire du numérique et au numérique pour qu’il puisse être moins destructeur pour la nature comme pour l’esprit, pour les choses comme pour les milieux sans lesquels il n’y a pas de création possible ni d’existence digne et vertueuse pour le collectif humain.

Pour initier cette première réflexion sur les « écologies du numérique » dans le domaine du design, plusieurs axes sont proposés sans qu’ils ne soient considérés comme isolés les uns des autres puisqu’ils sont corrélés dans les faits et doivent être pensés en synergie. C’est la compréhension de l’effet de leur interaction qui est finalement visé, mais leur distinction permet de montrer que chaque axe définit un écosystème spécifique qui mérite une étude particulière par la complexité qu’il révèle déjà. Chaque axe présente donc une série de thématiques que le colloque pourra investir et interroger par la voie conceptuelle et par la voie pratique de la création en design.

(argument complet présenté dans l’appel à communication)
AXES


1) ÉCOLOGIE MATÉRIELLE : RESSOURCES, RISQUES ET ALTERNATIVES

L’écologie matérielle concerne plusieurs aspects propres aux pratiques de design, qu’elles soient des pratiques de design produit ou des pratiques de design graphique. Elle met en relation l’exploitation des ressources, la dépense d’énergie, le stockage et les déchets produits par l’ensemble du cycle de vie des produits comme des flux de données. La perception du risque écologique a transformé les méthodes de conception et de production, tout comme elle implique une nouvelle manière d’interroger les usages en incitant à élaborer des alternatives ; elle appelle aussi une interrogation sur les modes de représentation du risque pour le designer et pour l’usager.

– produits : extraction et transformation des ressources (terres rares, métaux précieux, plastiques) ; énergie d’alimentation et de stockage pour l’utilisation ; stockage des données ; traitement et élimination des déchets.
– infrastructures : réseaux électriques, optiques, hertziens et satellitaires pour le transport d’énergie et de données ; data centers et climatisation
– méthodes : écoconception ; écomatériaux ; recyclage ; économie circulaire ; Technologies Numériques de l’Information et de la Communication « vertes »

2) ÉCOLOGIE PSYCHIQUE : CAPTURE DE L’ESPRIT ET DESIGN DU SAVOIR

L’écologie psychique concerne l’effet du numérique sur les esprits humains, lequel transforme la perception, l’apprentissage, l’attention, la connaissance, mais aussi l’identité et la présence, donc l’ensemble de la personnalité des individus comme des groupes. Le design graphique est particulièrement impliqué dans ses problématiques par la conception des interfaces, par le design d’information et la visualisation de données, par les usages interactifs et transmédiaux des interfaces, par les nouveaux modes éditoriaux.

– perception : interaction entre numérique et sensibilité (synaptogenèse et organogenèse) ; perception instrumentée ; perception augmentée (VR)
– apprentissage : image et langage ; simulation ; supports interactifs d’apprentissage ; serious games
– attention : attention profonde et hyperstimulation affective ; économie vs écologie de l’attention ; exploitation du désir (playbor)
– connaissance : signal, information, connaissance ; design informationnel ; lecture analogique vs lecture numérique ; machines à lire, à traduire, à interpréter ; automates algorithmiques ; hypertextualité ; hypericonicité ; participation ; connaissance contributive (wiki)
– identité : traçabilité des comportements off line et on line ; externalisation de l’identité (identité déclarée, agissante et calculée) ; identités multiples (avatars, hétéronymat, vol d’identité)
– présence : mobilité et présence ubiquitaire

3) ÉCOLOGIE SOCIALE : TRANSFORMATIONS DE L’IDENTITÉ ET DES ÉCHANGES

L’écologie sociale concerne la transformation des relations interindividuelles et les nouveaux modes d’insertion, de référencement, d’appartenance, d’amitié et d’échange engendrés par la nouvelle socialité numérique. Il est autant question des nouvelles formes de rencontre, d’alliance, d’appariement, de dialogue, de collaboration que des nouvelles formes de contrôle, de dissociation, d’affrontement, d’exclusion et d’isolement ou encore des nouvelles formes de travail et d’économie.

– performance sociale et réseaux sociaux numériques
– marketing des communautés (community management)
– participation et création collective
– économie de l’attention et contrôle des communautés
– travail du consommateur ; free labor
– économies alternatives : économie circulaire ; économie de la fonctionnalité ; économie conviviale ; économie contributive ; économie du don et du troc

4) ÉCOLOGIE POLITIQUE : NOUVELLES FORMES D’EXPLOITATION ET DE LUTTE

L’écologie politique examine les nouvelles formes d’exploitation et de lutte issues de la réticulation numérique des savoirs et des motivations permises par le web et les réseaux sociaux. Plus précisément, elle concerne autant la réactivation des utopies socialistes et communautaires historiques que les nouvelles formes de transfert de la production et de la responsabilité aux consommateurs, ou encore les enjeux temporels et spatiaux des luttes entre off line et on line.

– mondialisation des théories critiques (post-colonial, post-féministe, post-partisan)
– nouveaux militantismes
– réappropriation des données personnelles (Louise Merzeau)
– contrôle (Yann Moulier-Boutang)
– travail gratuit
– gouvernementalité algorithmique (Rouvroy)
– démocratie et Internet (Cardon)
– éthique : biocentrisme, écocentrisme, déontologie
COMITÉ SCIENTIFIQUE

Jacqueline Febvre (Directrice de l’ÉSAD Orléans), Ludovic Duhem (Philosophe, Responsable de la recherche – ÉSAD Orléans), Emmanuel Cyriaque (Éditeur, Coordinateur DVG – ÉSAD Orléans), Gunther Ludwig (Historien de l’art, ÉSAD Orléans), Caroline Kassimo-Zahnd (Designer multimedia, ÉSAD Orléans), Franck Cormerais (Université de Bordeaux-Montaigne III), Fabrice Flipo (Institut Mines-Telecom)

PROGRAMME

JEUDI 9 Novembre

Lieu : Centre International Universitaire pour la Recherche (Hôtel Dupaloup, salle de Lecture)

MATIN

9h – Accueil (café)

9h30 – Mot de bienvenue de Jacqueline FEBVRE
Directrice de l’ÉSAD Orléans

9h45 Introduction – Ludovic DUHEM
Responsable de la recherche ÉSAD Orléans
Directeur scientifique ÉCOLAB


AXE 1 ÉCOLOGIE MATÉRIELLE : RESSOURCES, RISQUES ET ALTERNATIVES

10h – Victor PETIT, Philosophe (chercheur associé UTC-COSTECH, École Supérieure de Design de Troyes)
Comment parler de transition écologique et numérique ?
10h45 – Discussion

11h – Pause

11h15 – Gilles CHARIGNON, Architecte (GCA)
Un Data Center de nouvelle génération, une approche conceptuelle globale de qualité environnementale

11h45 – Sébastien BOURBONNAIS, Architecte (ENSAPLV)
Les cadences de l’algorithme. Nouvelle rythmique de la conception architecturale

​12h15 – Emmanuel GUEZ, Artiste et philosophe des médias (PAMAL, ESA Avignon)
Écologie post-muséale des œuvres média-techniques

12h45 – Discussion générale

13h15 – Déjeuner

APRÈS-MIDI

AXE 2 ÉCOLOGIE PSYCHIQUE : CAPTURE DE L’ESPRIT ET DESIGN DU SAVOIR

14h30 – Dominique CARDON, Sociologue (SciencesPo Paris)
Web génératif ou web extractif ? Remarques sur l’évolution des mondes numériques

​15h15 – Discussion

15h30 – Carola MOUJAN, Designer et chercheure (ESBA TALM, École Camondo)
Le design de la distraction

Pause

16h – Igor GALLIGO, Philosophe (EHESS)
Écologie de l’attention et organogenèse de la catégorisation, l’avenir de l’esthétique

16h30 – Salomé FREMINEUR, Philosophe (ULB)
Le numérique comme langage : d’une intrication et d’un écart

17h – Discussion générale

17h30 Pause

17h45 – Diffusion du film « Milieu » (2015) de Damien FAURE (Hôtel Dupanloup, salle des colloques)

18h45 – Discussion avec le réalisateur

19h Clôture jour 1

VENDREDI 10 Novembre

Lieu : Centre International Universitaire pour la Recherche (Hôtel Dupaloup, salle de Lecture)

MATIN

9h – Accueil (café)

9h30 – Synthèse jour 1 – Ludovic DUHEM


AXE 3 ÉCOLOGIE SOCIALE : TRANSFORMATION DE L’IDENTITÉ ET DES ÉCHANGES

10h – Jean-Paul FOURMENTRAUX, Sociologue (Université Aix-Marseille, EHESS-Centre Norbert Élias)
Art (numérique) et écologie politique

10h45 – Discussion

11h – Pause

11h15 – Thomas CHENESEAU, Artiste multimedia et commissaire d’exposition (Léaa Poitiers / SCD Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
Le réseau comme seconde nature: redéfinition du paysage et de l’identité dans la condition post-numérique

11h45 – Florian HARMAND, Ingénieur et chercheur en design (Université de Bordeaux)
Trahison et repentir du dispositif : vers une éthique de la conception

12h15 – Frédéric PASCAL, Philosophe et entrepreneur numérique/santé (CIDES-MSH Paris Nord), Alexandre MONNIN , Philosophe (Origens MediaLab, ESC Clermont)
L’innovation technologique et l’ambivalence des communs

12h45 – Discussion générale

13h15 – Déjeuner

APRÈS-MIDI

AXE 4 ÉCOLOGIE POLITIQUE : NOUVELLES FORMES D’EXPLOITATION ET DE LUTTE

14h30 – Patrice FICHLY, Sociologue (Université Paris-Est Marne-la-Vallée)
Les nouvelles frontières du travail numérique

15h15 – Discussion

15h30 – Julie BLANC, Étudiante-chercheure (ENSADLab), Antoine FAUCHIÉ, Chercheur en sciences de l’information (IUT2 Grenoble, ENSSIB)
(Re)penser la chaîne de publication : soutenabilité et émancipation

Pause

16h – Anthony MASURE, Chercheur en design graphique (Université de Toulouse)
Écologie de l’attention et design des environnements numériques : vers une politique des filtres ?

16h30 – Benjamin GAULON, Artiste multimedia et professeur en design (Parsons School Paris)
Hardware hacking and recycling strategies in an age of technological obsolescence

17h – Discussion générale

18h Clôture du colloque

Résidence écolab studium

Lire L'entretien de Beany MONTEIRO

Entretien avec Beany MONTEIRO
Chercheure en Design de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro

par Ludovic Duhem, Responsable scientifique ÉCOLAB

RÉSIDENCE DE RECHERCHE     ÉCOLAB / LE STUDIUM

L’École Supérieure d’Art et de Design d’Orléans, en partenariat avec Le Studium – Loire Valley Institute for Advanced Studies, propose depuis 2017 une résidence de recherche au sein de son laboratoire ÉCOLAB. Cette résidence de recherche est proposée aux créateurs internationaux et confirmés en design (espace, objet, graphisme, etc.), mais aussi en architecture et en art, qui souhaitent développer un projet de recherche (étude et expérimentation) portant sur les enjeux contemporains relatifs à l’écologie et au numérique.

LA RÉSIDENCE DE RECHERCHE ÉCOLAB

1. Présentation générale :

Cadre :
La résidence de recherche proposée aux chercheurs-créateurs s’effectue au sein de l’Unité de Recherche ÉCOLAB et en cotutelle ÉSAD Orléans/Le Studium.

L’ÉCOLAB est le laboratoire qui porte la candidature, accueille le chercheur-créateur et aide au développement du projet durant la résidence.

Objectifs :
– Développer un projet de recherche-création innovant
– Proposer une pratique, une méthodologie, un modèle de recherche-création singulier
– Produire des connaissances partageables
– Créer une dynamique multidisciplinaire (sciences naturelles, sciences humaines, création)

Deux formes de résidences proposées :

1) ÉCOLAB / LE STUDIUM RESEARCH FELLOWSHIP

Ce programme permet à un chercheur étranger de travailler dans un laboratoire hôte de la région Centre-Val de Loire pendant un an. Les candidatures externes (« External Applications ») sont ouvertes à des chercheurs étrangers (ou français qui ne résident pas en France depuis 12 mois). Les bourses offrent aux chercheurs confirmés l’opportunité de découvrir et travailler dans un des quarante laboratoires de la région Centre-Val de Loire, dont l’ÉCOLAB.

Contributions :
> Pour le Studium :
– Proposer une présentation du projet au « studium thursdays »
– Organiser une conférence internationale sur une thématique de recherche innovante

> Pour ÉCOLAB :
– 1 conférence de présentation du projet
– 1 workshop avec les étudiants de l’ÉSAD Orléans
– 1 exposition de restitution du projet
– 1 dispositif de recherche-création original élaboré avec l’équipe pédagogique et les étudiants
– 1 publication (de recherche et/ou de bilan)

2) ÉCOLAB / LE STUDIUM RESEARCH CONSORTIUM

Ce programme permet à un chercheur de l’ECOLAB d’inviter 4 chercheurs internationaux pour former une équipe pour développer un projet de recherche pendant 2 ans. Cette équipe se réunit pour une semaine deux fois par an pendant deux ans (4 réunions de travail au total). Les chercheurs intéressés doivent s’inscrire dans les projets de recherche de l’ÉCOLAB ou proposer un projet (projet de recherche ANR, projet recherche-création européen, symposium international, etc.) qui puisse être porté par l’ÉCOLAB.

Contributions :

> Pour le Studium :
– 4 réunions de travail au Studium

> Pour ÉCOLAB :
– 1 conférence de présentation du projet par an
– 1 workshop avec les étudiants de l’ÉSAD Orléans par an
– 1 exposition de restitution du projet en fin de programme
– 1 publication de bilan


3) CRITÈRES DE CANDIDATURE

– 5 ans d’expérience minimum dans la recherche en design​ ou dans une activité professionnelle de création
– être citoyen étranger ou être citoyen français ayant passé moins de 12 mois en France pendant les 3 dernières années
– proposer un projet de résidence en cohérence avec les axes de recherche d’ÉCOLAB
– être pré-sélectionné par l’équipe de recherche d’ÉCOLAB pour poser sa candidature au Studium

APPEL À CANDIDATURE / CALL FOR APPLICATION 2019

Expositions Écolab

EXPOSITION « CARTOGRAPHIER LA RECHERCHE EN DESIGN GRAPHIQUE LE SIGNE CHAUMONT) – ENSA NANCY

« Ces dernières années ont vu l’émergence d’un intérêt grandissant pour la recherche, que l’on mesure à l’aune des axes et des projets développés dans les écoles d’art, du nombre croissant de thèses en préparation dans les universités et les écoles d’art, du travail de consolidation fait par différents acteurs institutionnels.

Faire de la recherche, c’est se donner l’opportunité de nourrir en retour la pratique, c’est contribuer à documenter son l’histoire, à en renforcer l’ancrage contextuel. C’est aussi tenter de dégager ce qui fait la spécificité de l’activité du designer graphique, à la frontière du champ artistique et de nombreuses autres pratiques. Dépassant une conception du design graphique comme art décoratif, la recherche semble bien permettre de réaffirmer le rôle fondamental du design graphique dans notre société.

Pour en prendre la mesure, il faut reculer un peu pour adopter un point de vue sur le point de vue, qui est aussi un point de vue sur un paysage, formé par des lieux de production de la recherche (laboratoires, écoles, universités), peuplé par des acteurs, traversé par des problématiques, elles-mêmes appuyées sur des écrits et des projets dont la sédimentation progressive peut bien concourir à donner à cette discipline son épistémologie.

À quoi peut bien ressembler le paysage de la recherche en design graphique ? C’est à cette question que tente de répondre cette exposition, qui en retour, peut elle-même se lire et se penser comme une cartographie. »

> http://expo-recherche-design-graphique.fr/
> http://www.ensa-nancy.fr/actualites/expositions/intra-muros-namima/cartographie-de-recherche-design-graphique.html

Présentation

La Recherche

Le projet Keep in touch est développé dans l’Atelier de Recherche et de Création de l’ÉSAD Orléans « Édition Nouvelles Formes ». Cet ARC a un double objectif : développer la recherche en graphisme (design tactile, graphisme d’interface et technologies des écrans), conjointement aux nouvelles formes d’éditions portées par le Web et les nouveaux médias. Ses travaux portent donc sur les mutations de l’édition contemporaine à l’heure d’Internet, du numérique et des programmes d’interaction automatisés et questionnent les potentialités d’expérimentations itératives offertes surtout par les technologies nomades : mobiles, tablettes, liseuses. Le numérique ne transforme pas uniquement le processus d’édition : il intervient en amont et soutient l’émergence de nouvelles pratiques graphiques et visuelles et la conception des nouveaux environnements de lecture et d’écriture.


La Pédagogie

L’ARC s’inscrit dans le champ de réflexion actuel proposé par l’école autour des écosystèmes numériques dans l’Unité Recherche ÉCOLAB (Écologie – Design – Numérique). À travers le projet Keep in touch, il vise à concilier la puissance imaginaire que porte toute réflexion sur le lien dans notre société du « tout connecté » à :
– la maîtrise des concepts et des enjeux des nouveaux supports de l’édition numérique et de l’édition en réseau par l’expérimentation d’une méthodologie et de nouveaux process graphiques qui mène à la réalisation d’éditions numériques.
– la maîtrise des outils et la programmation Web, la lecture très orientée sur « mobile » et la question de la mise en page héritée de l’édition imprimée.

Post-Master

Lire L'entretien de Chloé JEANNE
Lire L'entretien de Chloé JEANNE

Entretien avec Chloé JEANNE
DNSEP en art avec félicitation du jury(EESAB site de Quimper)

par Ludovic Duhem, Responsable scientifique ÉCOLAB

POST-DIPLÔME

Dans le cadre de l’Unité de Recherche ÉCOLAB, soutenue par le Ministère de la Culture et de la Communication, l’ÉSAD Orléans propose un post-diplôme (niveau post-master) spécialisé en « écodesign ». Par « écodesign », il faut entendre une approche écologique au sens large où le design et ses méthodes interrogent, analysent, expérimentent les écosystèmes naturels et artificiels qui forment la société contemporaine depuis la prise de conscience de la crise écologique planétaire et l’avènement du numérique généralisé.

Du signe à l’espace, cette approche « écodesign » concerne particulièrement les créateurs (designers, graphistes, artistes, architectes) qui veulent inscrire leur pratique dans une recherche sur les nouvelles formes de conception, de production, de diffusion et d’échange qui rompent avec la logique industrielle dominante et destructrice des ressources naturelles, des milieux humains, des savoirs constitués.

Le post-diplôme ÉCOLAB de l’ÉSAD Orléans a ainsi vocation à accueillir, accompagner et soutenir tous les créateurs porteurs de projets innovants et de recherche prospective selon deux options :

– « DESIGNLAB, les sens de l’espace », étudie les pratiques de design d’espace, d’objet dans l’espace, de la perception, de la construction et de l’interaction avec les écosystèmes naturels et artificiels ;

– « GRAPHLAB, images, technologies, environnements » étudie les pratiques de design graphique, génératif, éditorial, interactif en relation avec les écosystèmes naturels et artificiels ;

Le post-diplôme ÉCOLAB est construit comme un parcours complet (formation, projet, insertion professionnelle) accompli au sein de l’Unité de Recherche et centré sur le projet de recherche-création porté par l’étudiant-chercheur.

Le Post-diplôme « Recherche » est en construction avec des instituions partenaires (Université d’Orléans, ENSAPVS, PolyTech Orléans, LAB’O, Le Studium). Il se structure en fonction des besoins de l’étudiant-chercheur pour les trois phases (enseignement, recherche, projet).

Le Post-diplôme « Professionnel » est actif depuis 2015 et permet aux jeunes diplômés en Master de développer leur projet professionnel par un stage de longue durée et un accompagnement expert.

POST-DIPLÔME RECHERCHE
« Design-écologie-numérique »

L’ÉSAD d’Orléans propose un Post-Diplôme « Design-écologie-numérique » destiné aux designers, architectes ou ingénieurs titulaires d’un DNSEP ou d’un Master 2 en design, art, architecture, ingénierie.
Ce post-diplôme s’inscrit dans le cadre de l’Unité de Recherche ÉCOLAB, soutenue par le ministère de la Culture. Du signe à l’espace, il interroge la responsabilité des créateurs (designers, graphistes, artistes, architectes) qui veulent interroger leur pratique sur les nouvelles formes de conception, de production, de diffusion et de savoirs pour rompre avec la logique destructrice des ressources naturelles et des milieux humains.
Le post-diplôme ÉCOLAB est construit comme un parcours complet et centré sur le projet de recherche-création porté par l’étudiant-chercheur.

STATUT
Chaque personne inscrite bénéficie du statut d’étudiant de l’ÉSAD Orléans et de chercheur associé à l’ÉCOLAB pour la durée de son parcours post-diplôme. Certains projets de recherche-création pourront bénéficier ponctuellement d’un soutien financier sous la forme d’une bourse annuelle.
Durée : 1 ou 2 ans selon le projet

ENGAGEMENTS ET SUIVI
Formation / cours, séminaires, conférences qui s’organisent chaque année en fonction du projet de recherche et des institutions de recherche partenaires
Projet personnel / suivi personnalisé en lien avec des partenaires extérieurs : définition, méthodologie, rendu d’étape, production.
Participation à l’organisation de la troisième édition du colloque « Les écologies du numérique #3 »

ÉQUIPE
Jacqueline Febvre, directrice générale
Équipe scientifique ÉCOLAB: Ludovic Duhem (Philosophe) ; Emmanuel Cyriaque (Éditeur) ; Didier Laroque (Architecte, Urbaniste) ; Gunther Ludwig (Historien et Critique d’art) ; Caroline Kassimo-Zahnd (Designer).
À cette équipe s’ajoutent, suivant les projets, des enseignants et des experts spécifiques.

PARTENAIRES ET ENVIRONNEMENT
Université Orléans, Le STUDIUM, OGC, FRAC Centre-Val de Loire, ENSAPVS, ENSABourges, ÉSAD Valenciennes, ÉSAD Amiens, ENSCI Les Ateliers, COMUE Orléans-Tours,…

CONDITIONS D’ADMISSION
– Être titulaire d’un DNSEP ou Master 2 en design, art, architecture, ingénierie
– Entretien d’entrée en post-diplôme

PIÈCES A FOURNIR
– un CV
– une note d’intention sur le projet de recherche en relation avec la thématique d’ÉCOLAB
– un portfolio

POST-DIPLÔME PROFESSIONNEL
(6e année)

Les étudiants diplômés du DNSEP de l’ÉSAD Orléans ont la possibilité de suivre une 6e année qui leur permet un parcours d’adéquation entre leur projet de création et leur projet professionnel, soit pour faciliter leur embauche, soit pour jouer le rôle d’incubateur de projet. Cette formation non diplômante a pour objectif de favoriser l’insertion professionnelle des diplômés.
Elle s’appuie sur les champs d’expertise de l’ÉSAD en terme de design, du signe à l’espace, avec une équipe pédagogique spécialisée et des partenaires institutionnels, centres de recherches, organismes professionnels et vise à compléter la formation des étudiants après leur diplôme en vue de développer leur insertion professionnelle. Ce post-diplôme s’adresse aux étudiants ayant un projet spécifique et les accompagne pendant un an pour la préparation de leur projet professionnel et la recherche d’un stage long de type pré-embauche.

ENGAGEMENTS ET SUIVI
1 – Entretiens mensuels avec les référents de l’ÉSAD
2 – Participation à l’organisation du colloque « Les écologies du numérique » (exceptés ceux qui sont en stage à l’étranger et qui ne pourraient vraiment pas faire un aller-retour)
3 – Évaluation des stages

CONDITIONS D’ADMISSION
– Être titulaire d’un DNSEP de l’ÉSAD Orléans
– Entretien d’entrée en post-diplôme professionnalisant : motivations, intentions stages
– Inscription administrative (septembre-octobre 2019)

PIÈCES A FOURNIR
– un CV
– une lettre de motivation
– des pistes de stages en lien avec le sujet de recherche du diplôme obtenu

Candidature

Les dossiers complets sont à envoyer au format PDF à l’adresse suivante à l’attention de Jacqueline Febvre (directrice) et Ludovic Duhem (responsable scientifique ECOLAB) : ecolab@esad-orleans.fr

Date limite d’envoi : 16 septembre 2019

Mode de sélection : sur dossier et entretien avec l’équipe de recherche ECOLAB