ARTISTES ET CRÉATEURS INVITÉS

CYCLE DE CONFÉRENCES
ARTISTES ET DESIGNERS INVITÉS

PROGRAMME 2019-2020
Coordination : Gunther Ludwig et Sophie Monville

DESIGN ET ÉCOLOGIE : ENTRE CONVICTIONS ET REPRÉSENTATIONS
Philippe Riehling, designer

« La particularité du design est qu’il n’existe pas de définition unique et définitive, puisqu’il se réinvente à chaque époque, en suivant les évolutions, les cultures et les apports des designers du monde entier. » Alliance française des Designers.
Ce que l’on pense être une démarche éthique et vertueuse à une période donnée peut changer. L’observation du monde, les expériences de vie, les rencontres et itérations avec d’autres profils influent sur notre approche du design. Cette évolution sera illustrée par le designer et abordera des questionnements actuels au travers de sa pratique et de son activité d’enseignant :

  • Les méthodes d’éco-conception, oui mais au service de quelles finalités ?
  • Quelles applications conservent du sens dans le monde qui vient ?
  • Une permanence de la séduction pour la Forme oriente-t-elle les pratiques vers certaines catégories d’objet au détriment d’autres ?
  • Quelles représentations et influences ont les réseaux sociaux sur les pratiques des designers ?
  • Quelles seraient les limites au métier de designer ? A partir de quand une pratique qui se détache de l’objet et d’une matérialité sort-elle du champ du design. Quid d’une approche holistique faite d’observation, de méthode, … à la façon du designer tel que l’entend la permaculture ?

Philippe Riehling pratique un design qui croise, au fil de ses projets respectueux de l’environnement, relecture de savoir-faire, circuits courts et lien social. Depuis plus de dix ans, il collabore avec des industriels, des artisans, des PME et des institutions publiques pour créer et développer des solutions aussi diverses que des objets, produits industriels, équipements urbains, scénographies itinérantes, dispositifs de médiation. Son activité se décline aujourd’hui également sous la forme d’un accompagnement stratégique au développement de projets, de l’organisation de concours de design ou encore de propositions s’appuyant sur des expertises naturalistes venant compléter la palette de services proposés.

PAPIER CODÉ, ÉCRAN TOILÉ
E+K, Élise GAY et Kévin DONNOT, designers, print et digital media

Élise Gay et Kévin Donnot sont associés au sein d’un atelier de design graphique spécialisé dans les projets éditoriaux, imprimés et/ou numériques. La structure, créée en 2011, travaille principalement avec les milieux culturels et institutionnels (musées, centres d’art, artistes, maisons d’édition, etc.) et œuvre aussi bien sur papier que sur écran, questionnant le passage d’un média à l’autre. Cette perméabilité, associée à la pratique de la programmation, incite à penser l’imprimé de manière dynamique et à envisager les supports interactifs avec une attention particulière pour la typographie. Ils ont co-fondé Back Office, une revue de recherche interrogeant les relations qu’entretiennent design graphique et pratiques numériques et publiée en coédition avec les éditions B42. Kévin Donnot enseigne par ailleurs le design graphique à l’École européenne supérieure d’art de Bretagne — site de Rennes depuis 2013 et est associé à plusieurs projets de recherches en cours. Ensemble, ils animent régulièrement des workshops dans différentes écoles en France et à l’étranger.

PASSAGE À L’ACTE
Collectif Tendance Floue, Mat Jacob, photographie et édition

Mat Jacob présentera Tendance Floue, le collectif de photographes qu’il a co-fondé en 1991 pour défendre une nouvelle conception de l’agence photographique. À travers des extraits de films, des livres et des revues produits par Tendance Floue, la conférence s’intéressera aux moments forts de l’histoire du collectif. Parmi ceux-ci, la trilogie des Nous (1999 – 2006), les Mad in (2006 – 2015), Nationale Zéro (2003) et Azimut (2017 – 2018) viendront affirmer une démarche interrogative sur le monde et sur les pratiques de la photographie contemporaine. « Utopique, transgressive, Tendance Floue oppose à la standardisation croissante des pratiques de diffusion et de médiatisation du photoreportage une forme de résistance généreuse, et invente, au fil des défis, une nouvelle manière de « vivre la photographie ». » (Benoît Rivero)

« Être en collectif, est-ce tout partager ? Est-ce se réunir jusqu’à se mettre d’accord à l’unanimité ? Est-ce prêcher une utopie ? Apprendre à sauver sa peau dans la meute ? Se déculpabiliser d’être individualiste ? Est-ce se mettre à l’abri des incertitudes de la profession ? Est-ce exister ? » Mat Jacob affirme une « grammaire de l’image plurielle », fruit de multiples voyages, d’un besoin de se frotter au réel et de rester libre. Sa série Chiapas, Mexique s’inscrit au cœur d’un travail documentaire et humaniste, mené durant vingt ans et a fait l’objet d’un livre dans la collection Photo Poche. Depuis dix ans, il expérimente les narrations multimédias pour le théâtre et le Web, où le documentaire coexiste avec la poésie et la fiction. En 2017, il crée Zone i, un espace culturel consacré à l’image et à l’environnement en Région Centre, sur les bords du Loir.

DE CE AVEC QUOI ON N’EST PAS CENSÉ JOUER 
Brice Roy, game design, expériences interactives

Avant de concevoir un jeu vidéo, remettre en jeu l’idée que l’on se fait du jeu vidéo. Ce qui implique de commencer par remettre en question ce que l’on considère d’emblée comme n’en faisant pas partie. Voilà l’objet de cette intervention : parler de ce avec quoi, dans un jeu vidéo, on n’est pas censé jouer. En premier chef desquels les supports techniques : manettes, écran, données, espace tangible. L’intervention sera conclue d’une présentation du dispositif vidéoludique Jeux invertis

Brice Roy est artiste numérique. Co-fondateur du collectif One Life Remains, il explore les propriétés du medium vidéoludique depuis 2009. La relation joueur / spectateur, le thème du contrôle et la question de la sauvegarde de jeu figurent parmi ses axes de recherche privilégiés. Plus généralement, c’est du rapport entre jeu et numérique dont il est question : du numérique comme technologie de la remise en jeu et du jeu comme mode de rapport insigne à la technique. Ses créations prennent la forme de programmes informatiques, de dispositifs ou d’installations interactives. Son travail est présenté en France et à l’étranger.

Crédit image : Jeux invertis, Brice Roy (collectif One Life Remains), dispositif vidéoludique, 2019

QUI VEUT PRENDRE LA PAROLE ?
Olivier Vadrot, architecte/designer

Dans la tradition ancienne, le héraut demande “Qui veut prendre la parole?“ Il est d’usage de penser que la démocratie est apparue soudainement à Athènes, comme tombée du ciel. Pourtant les pratiques d’assemblée ne sont pas limitées à l’Occident, on les retrouve en Éthiopie ou en Côte d’Ivoire, dans le Japon médiéval ou en Syrie au temps du royaume de Mari.

Olivier Vadrot mène actuellement une recherche sur l’apparition des formes architecturales liées aux pratiques d’assemblées, et plus particulièrement aux édifices grecs dédiés au théâtre, qui en sont tout à la fois l’origine et la synthèse. Cette forme tronconique, avec des assises en gradin sur un plan rayonnant, appelée koïlon en grec, cavea en latin, cette forme se retrouve aujourd’hui dans les espaces du spectacle, mais aussi dans ceux de la représentation politique (on emploie alors le terme d’ “hémicycle“), dans les édifices du sport, dans l’architecture des jardins, ou dans les universités (le terme utilisé devient “amphithéâtre“). Parfaitement synthétisée sur le site d’Épidaure, cette forme est pourtant le résultat d’un lent cheminement depuis les marches du temple de Cnossos en Crête jusqu’aux gigantesques stades de notre époque. Cette conférence donnera à voir un état des lieux de la recherche en cours, mais aussi des différents projets conçus précédemment par son auteur, tels que Le kiosque électronique, Circo Minimo ou plus récemment Cavea.

INERTE OU VIVANT ? FICTION OU RÉALITÉ ?
Arthur-Donald Bouillé, designer industriel

Morceaux de chairs mortes hybridées et ramenées à la vie, nano-robots auto-répliquant ou porc-épic transgénique semeur de graines. Matières actives, matière à fiction est une recherche et une expérimentation autour des mythes et des expériences scientifiques d’hier et de demain. Entre bactéries reprogrammées et éléments inertes animés, ces formes de matérialité ne remettent-elles pas en question la perception et la considération du Vivant ? N’amènent-elles pas d’ailleurs à reformuler le rôle du designer et à renouveler ses imaginaires ?  De la fiction à la réalité, la présentation de ce travail de recherche mené pendant mon cursus à l’ENSCI-Les Ateliers en 2018 sera l’occasion d’aborder le développement du purificateur d’air intérieur Æther réalisé dans le cadre de la compétition internationale de machines génétiquement modifiées (iGEM) du MIT de Boston.

Diplômé d’un bachelor de design industriel à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art Visuel de La Cambre à Bruxelles, Arthur-Donald Bouillé est étudiant en phase diplôme à l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI-Les Ateliers).  Ses expériences dans des agences de création industrielle telles que Normal Studio ou Big Bang Project, ainsi que sa participation à des projets articulés autour de la matière active ont façonné son intérêt pour une approche de création située entre science et design afin d’interroger notre rapport aux objets vivants.

THÈME ET VARIATIONS. SYSTÈMES DE JEU EN DESIGN GRAPHIQUE
Sophie Cure, graphiste

Designer graphique, diplômée de l’ENSAAMA-Olivier de Serres, Sophie Cure s’intéresse aux frontières poreuses entre lecture et musique, typographie et notation musicale. Elle joue à décaler ces curseurs, questionne les mécanismes de déchiffrage et d’interprétation, la musicalité de l’écriture et la sensorialité de la lecture. Son projet de recherche Les Chants lexicaux explore des manières de faire sonner et résonner les livres entre eux. Protocoles de lecture et dispositifs graphiques permettent de créer des rencontres entre les livres : carambolages, dialogues de sourds, dissonances ou accords parfaits. Il s’agit de jouer avec les accentuations et le rythme du phrasé, les sonorités des mots, susciter des tonalités de lecture augmentée en empruntant des formes propres au répertoire musical : comment lire staccato, en polyphonie avec un ostinato ? Comment faire les gammes d’un livre ? Quel impact la typographie a-t-elle sur la lecture à voix haute ? Finalement, le texte porte-t-il déjà en lui des frémissements de partition ? Au printemps 2018, dans le cadre de cette recherche, elle présente la Sonate pour trois lecteurs, performance pour faire sonner et dissoner les livres de la librairie Petite Egypte. La partition graphique a été interprétée par des comédiens du Collectif bim.

Sensible aux pédagogies alternatives, inspirée par le travail de Froebel ou de Bruno Munari, elle articule un pan important de son travail autour de la conception de jeux pédagogiques. En 2011, elle a conçu des jeux typographiques pour stimuler l’apprentissage et le plaisir de lire chez les personnes dyslexiques, salués par un prix de la Fondation de France en 2012. En 2015, est publié Le livret d’initiation au graphisme, qu’elle a co-conçu et co-écrit avec Aurélien Farina. Cet ouvrage vient de paraître en anglais en 2019 sous le titre Graphic Design Play Book. Depuis 2015, elle intervient en tant qu’enseignante dans plusieurs écoles (Parsons School Paris, L’École des Beaux-Arts d’Angers) et anime régulièrement des workshops (Isdat Toulouse, KABK La Haye, ÉSAD Orléans…).
Elle travaille également dans les champs de l’identité visuelle, de l’édition, de la direction artistique et collabore avec des institutions publiques, des artistes et diverses structures, comme Le Signe, Centre National du Graphisme, Les Éditions Actes Sud, le Ministère de la Culture, le Centre Pompidou, le Muséum national d’histoire naturelle, la revue Télérama… 
Pour chaque projet, elle chercher à établir des règles de jeu, met en place un système graphique qu’elle joue à déployer sur différents supports. Elle attache de l’importance à créer des objets et des formes polysémiques qui stimulent l’imaginaire, des formes ouvertes qui laissent une brèche au lecteur, l’invite à l’interprétation et à la contemplation.

Attention ! Changement de lieu : auditorium de la Médiathèque d’Orléans

LE BAUHAUS EN HÉRITAGE
Jakob Gautel, artiste plasticien

Voici, à partir d’un héritage familial, un regard particulier sur le Bauhaus, cette école d’art, de design et d’architecture avant-garde, qui fête cette année son 100e anniversaire. Il s’agit non pas d’une énième présentation historique du Bauhaus, mais de l’expérience du Bauhaus tel qu’il a été vécu de l’intérieur, par deux de ses étudiants, à deux époques charnières différentes, et comment ces deux « Bauhäusler » ont essayé de faire perdurer et de défendre ses valeurs sous le régime nazi. Comme troisième point de vue s’ajoute celui du petit-fils, artiste lui-même, qui porte son regard sur cette histoire et tente d’établir un « dialogue artistique intergénérationnel posthume » :

Jakob Gautel, artiste plasticien né en 1965 à Karlsruhe, en Allemagne, vit et travaille à Paris et ailleurs. Il enseigne à l’ENSAPLV en arts plastiques, en licence et en master dans le domaine d’études Arts et scénographie, avec des cours théoriques et pratiques. Depuis 2012, il travaille sur les traces de son héritage personnel du Bauhaus : sa grand-mère maternelle Corona Krause (1906-1948), tisserande, designer textile et styliste, et son grand-père paternel Hermann (Sven) Gautel (1905-1945), designer de lampes et de meubles, architecte intérieur, ont tous les deux étudié au Bauhaus, à Weimar et à Dessau. Des dossiers de travaux (cours de Klee, Kandinsky, Moholy-Nagy etc.), des dessins, photos, meubles, textiles, vêtements et objets nous sont parvenus.

Mais que nous disent ces documents et objets ? Que pouvons-nous savoir sur quelqu’un qui n’est plus là, à travers de ce qu’il laisse derrière ? Et comment peut-on établir un contact avec le passé, à travers des objets, des documents et photos ? Pour son projet de recherches, tentaculaire et forcément inachevé, entre enquête, recherches historiques et expérimentation artistique, Jakob Gautel a bénéficié de l’aide à la recherche artistique du CNAP en 2013-14 et d’une résidence d’artiste au Meisterhaus Muche, fondation Bauhaus Dessau, en été 2017.

Attention ! Changement d’horaire et de lieu : Salle des thèses de l’Hôtel Dupanloup à 17h30

LE DESSIN, OUTIL DE CRÉATION
Jérôme Zonder, artiste

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Les conférences ont lieu de 16h à 17h30 à l’auditorium du Musée des Beaux-Arts d’Orléans sauf mention contraire.
Elles sont destinées prioritairement aux étudiants de l’ÉSAD Orléans.
Dans la limite des places disponibles, elles sont ouvertes au grand public avec le pass musées (15€/an) disponible au Musée des Beaux-Arts.